Nutrition spirituelle et santé mentale…

…ou pourquoi se munir de nouvelles technologies en pleine Wilderness

J’avais commencé le Sentier des Appalaches débarrassée de tout i-pod, mp3 et autre objet électronique musical susceptible de me divertir des sons bucoliques de la nature et des paroles des autres marcheurs, un seul bouquin et carnet avec mes propres pensées pour nourriture de l’esprit. Mal m’en a pris!

Au début, vous écoutez les arbres, la respiration du vent, celle vaguement haletante d’un possible compagnon de marche de passage, et autres frichetis de la végétation encore bourdonnante d’insectes volatiles. Vous herborisez lalilalou. Vos pensées vagabondent et vos pieds dansent la gigue sur le chemin, tout excités de l’aventure qui commence.

Puis, vous êtes seul sur le sentier. Les racines et rochers de ce cher Maine vous font tordre la cheville et crapahuter de-ci de-là, vous laissant vidé à 5h du soir gisant sous votre toile de tente, incapable de lire une ligne du super bouquin de théorie française que vous pensiez pourtant dévorer après quelques heures de dépense physique. Là, vous constatez qu’épuisement physique et mental sont liés, et vous regarderiez bien “Dallas ton univers impitoyable” ou “La petite maison dans la prairie” pour vous détendre l’esprit. Mais malheur! Votre conscience vous a empêché d’emmener toute technologie en milieu naturel…

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hallucination post-hike, un problème récurrent chez le thru-hiker

Après 1 ou 2 jours de 20 miles sur un terrain presque sans dénivelé mais bourré d’obstacles (vous ne comptez plus le nombre de fois où vous avez glissé sur ces “boardwalks“, rondins de bois humides permettant de passer étangs à castors et autres zones plutôt mouillées), vous décidez que puisque la musique ne viendra point à vous (pas d’américain à banjo folkisant soudainement entre 2 arbres, zut!), vous allez la faire venir en chantant. Chanter, ça donne du courage y paraît.

Ben sauf quand la seule chanson dont vous vous souvenez sur l’instant est “Yellow Submarine” et s’accroche à votre esprit pour le reste de la journée. Assez adapté à la situation aquatique que vos pieds vivent sur le chemin, la chose se fait pourtant très vite (très vite) répétitive.

NB: l’épreuve mentale m’a tout de même permise de réussir à apprendre l’entièreté d’un tube de l’été français: “Chaise de jardin” par Jules&Jo. Chanson au ton tragi-comique, adaptable à toute situation spatio-temporelle, son allégorie vous transporte au-delà du simple plastique de l’objet en question.

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Le pouvoir intellectualo-musical de la chaise de jardin, un remède au vide spirituel

Je me suis donc retrouvée à quémander des chansons à n’importe quel être vivant sur le chemin (susceptible de chanter, entendons-nous bien).  On en était descendu bien bas… A ma liste longue d’au moins deux titres sont donc venus s’ajouter: Beautiful de Trampled for Turtles, I shot the sheriff de Bob Marley, The Grateful Dead, Jay-Z et Kanye West, Kurt Vile et de multiples autres, ma mémoire musicale se ravivant subitement au fil des arbres (et des fameux instables rondins – Alice ça glisse de Franky Vincent).

Tout cela pour dire qu’il peut être salvateur, sur le long terme, de posséder un lecteur de musique, livres-audio et autres podcasts qui vous permettront de nourrir vos neurones sans pour autant plonger dans la tant redoutée “civilisation” – internet et tout l’toutim.

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Regarder un film, luxe des bois

Certains me diront qu’il s’agit de sustenter son esprit des nouveaux paysages et surtout des rencontres qui sont en effet très nombreuses sur ce Sentier…Certes, cela est vrai: on peut se retrouver à avoir des discussions passionnantes avec des personnes que nous n’aurions jamais croisées ailleurs, qui possèdent plus ou moins les mêmes valeurs que nous, voire au contraire des expériences tout à fait opposées approvisionnant le débat. Toutefois, l’inverse est aussi vrai: on peut avoir des discussions très chiantes avec un autre marcheur. Parce qu’il n’y a pas de “terrain d’entente”, parce que vous êtes trop fatigués pour argumenter, parce que la culture auquel il fait référence vous est totalement étrangère (pour ne pas mentionner le football américain!), parce que tout simplement la conversation tourne en rond, et autres diverses et avariées raisons.

Morale de l’histoire: la technologie a parfois ses avantages, même et surtout au fin fond des bois.

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Les miracles de la nature

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“Quand il reviendra, il fera grand jour” (GA)

Ah ce cher Jésus. Il a beau être mort, il revient tout le temps! Eh oui, quand même, sujet obligé pour les États-Unis dont on connaît les tendances religieuses très diverses et parfois un peu fantaisistes.  D’ailleurs, je n’en sais pas bien plus maintenant que avant, tellement il existe de “variantes” autour d’un même bouquin- quelle inventivité, vous me direz. Une présence occultée jusqu’à présent donc, mais se manifestant en fait tout au long du chemin; et auquel ce post est consacré, non dans un esprit spirituel de fin de chemin, mais plutôt s’accordant à la “couleur” du Sud, beaucoup plus religieuse qu’au Nord. Hiawassee, ville dans laquelle nous sommes allés nous ravitailler depuis le Top of Georgia Hostel, en était un joyeux florilège.

Hiawassee est une petite ville entre collines peuplées d’habitations et un lac d’un bleu intense lorsque le soleil est présent. Plutôt agréable, surtout que pour une fois tout se trouve à distance marchable, rarement le cas ici vu que les gens sont motorisés en toutes circonstances. Et d’autant plus que “Jesus” semble habiter la région: au moins 4 bâtiments, et non des plus religieux  (concessionnaire, resto…) célèbrent l’homme. Qui, soit dit en passant, colle bien peu à la tradition conservatrice du Sud, comme le fait remarquer J., ayant plus les attraits d’un hippie révolutionnaire (contradictoire?!). Une ambiance  au top donc que nous avons nous-mêmes célébré d’un buffet entre pères noëls et photos gominées de Gone with the wind, surplombant poulet frit, corn bread, épinard et purée de patate à la sauce gravy. Merci Jésus! (Journal, 7/12, 4.5 miles)

 

 

Georgia oh Georgia (GA)

A cet instant, tout le monde a à l’esprit Georgia in my mind, qui est d’ailleurs l’hymne de l’État, d’autant plus de circonstance si vous partez de Katahdin pour aller au Sud. Petit rappel pour ceux qui l’auraient pas en tête.

Tout à fait l’esprit (et la voix) du thru-hiker lorsqu’il gravit les derniers miles jusqu’au tant attendu Mt Springer.

Ou un peu comme le “wheeee” ci-dessous à 45 sec (en moins désespéré).

Deliverance, film qui a probablement contribué au stéréotype façon film d’horreur dans l’outback australien, du “crétin-assassin des Appalaches”.  A Neels Gap, on  trouve des autocollants adaptés de la  réplique devenue célèbre “paddle faster, I hear banjo music)” [Merci à J. pour la référence!]

Comme dans ledit film, les rhodos et Laurel Mountain sont toujours à nos côtés, ce qui, en plus de cette petite mise en musique permet d’éviter toute confusion avec la Géorgie européenne : celle-ci (la nôtre!) tient son nom du roi Georges II, un Grand-Britton, au temps des 13 colonies. Entre temps, il y a eu un peu d’exploitations de mines d’or et un petit déportement de Cherokee (c’est aussi en Géorgie que débute le Trail of Tears).

Mais avant de débuter un autre trail, revenons au chemin – qui n’a pas vraiment changé avec la frontière. Point d’affreux locaux nous sautant dessus au détour du chemin ni de jazzman entonnant une langoureuse mélodie, plutôt une faune locale dissimulée entre végétation et obscurité.

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cachée, une “barred owl”

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la terreur du shelter: un écureuil volant

 

Ayant survécu le lendemain à ce début de nuit si sauvage, nous avalons les 4.5 miles qui nous séparent de l’hostel à la vitesse d’un écureuil volant prenant soin de vos barres de céréales laissées sans défense. C’est toujours aussi raide dans les montées, mais l’air est frais, le soleil brille et 4 miles, c’est du gâteau, penses mon esprit. 9h40 tapantes, nous voilà devant le “OPEN” de leds rouges dans son petit cercle bleu clignotant du Top of Georgia Mountain hostel (rien que ça). “No shoes”, entends-je, alors que nous nous apprêtons à passer le seuil. On s’exécute et pénètre la pièce au plafond aussi haut presque qu’une église, une pièce qui sent le neuf. A la première impression, ça a l’air d’être l’un des hostels les plus propres et mieux “managés” du sentier. (bon, facile à dire, on est tous seuls). Buttercup, notre hôte, nous offre directement du café et un “hug” de bienvenue. Elle est volontaire ici, une soixantaine d’année, et n’attend que le mois de mars pour remettre les pieds sur le sentier après une tentative écourtée (de 5 côtes cassées). Le propriétaire, Sir-Packs-a-lot un “triple crowner”, est absent pour l’instant, “busy” pour la journée. (Journal, 7/12, 4.5 miles)

 

 

Odorantes Smokies (TN/NC)

 

 

Deuxième (et dernier) parc national: The Great Smokies National Park! Dès Kathadin, on en entend parler, souvenirs inoubliables d’après les dires… “une semaine de pluie”, ” fini la journée en hypothermie”, “du brouillard continu”: un Parc qui porte bien son nom apparemment. On regardait ainsi la météo tous les jours essayant de caler notre entrée dans la chaîne de montagne sous des auspices un peu plus chaleureux; un défi presque réussi.

“Les ours tapaient sur les grilles de l’abri”, “un ours a réussi à décrocher le sac de nourriture du système de câbles”… On entend aussi tout un tas d’histoires de nounours, qui auraient repéré l’endroit comme bonne source de provisions. Les Smokies sont en effet le seul endroit où le randonneur est contraint de dormir dans les abris mis à disposition, ainsi que d’accrocher toute chose odorante aux câbles pour ours (“bear cables“) pour éviter les accidents.

Les Smokies sont également le seul parc national sur le trajet où il est obligatoire de s’enregistrer à l’avance et payer des frais d’entrée (20 USD pour le thru-hiker, 4USD/nuit pour le section-hiker), ce qui est d’ordinaire le cas dans les divers parcs nationaux du pays (au nombre de 58).

Enfin, il faut environ 7 jours entre Hot Springs – dernière ville, et la suivante, demandant un peu de réflexion au niveau ravitaillement. Il est cependant possible de descendre dans la vallée à la moitié du Parc, à Gatlinburg – temple du tourisme smokien.

On a dû donc organiser un tantinet  la section suivante: météo, boule quiès,  sacs poubelles pour “bear bag” et envoi de paquets de victuailles.

Oublié que j’avais 500g de chocolat dans ce colis (en plus du nutella)…Ravitaillement pour grand froid, c’est-à-dire pour la dernière section et non pour la présente: la température frôlait les 20°C aujourd’hui. On a fait un tour au Mont Cammerer en bonus (pour mieux sentir toute cette extra food à la fin de la journée), c’était beau: la végétation gris–vert-bleu foncée, les montagnes dans la vallée comme une couverture mal rangée, une rivière, une aire de coupe de bois…Quelques randonneurs y admiraient déjà la vue tandis que d’autres attendaient probablement le coucher du soleil pour se fumer un p’tit joint.  (Journal, 27/11, 13.7 miles)

 

Longue journée à la conquête des crêtes des Smokies entre pins, mousses, ardoise et lichens, ainsi qu’une drôle de petite plante répandant une constante odeur de weed. Cette section me rappelle un peu les Whites (excepté l’odeur de weed)avec son lot de randonneurs aux multiples questions tel l’asiatique de ce matin, faisant son thé avec une vraie théière: “How do you do that? It’s a big comitment! What do you do when you go back?” (Journal, 28/11, 20.3 miles)

 

Après avoir échangé histoires plus ou moins salaces autour du feu, ce fut au tour des ronflements de nous bercer. Puis des reniflements et crachats d’un des convives à la réserve de glaires inépuisable.Puis au tour de quelques-uns de sonner la trompe à 5h du mat pensant qu’ils étaient tous seuls…Bref, une vraie nuit de repos. On aurait presque préféré qu’il pleuve comme prévu histoire de couvrir les bruits parasites. Il pleut à présent comme vache qui pisse après une tea-party avec ses copines à mamelles (il paraît que ce n’est pas si pire quand on est au-dehors). Heureusement, le gros de la pluie a commencé après notre arrivée à l’abri, vide pour une fois (fin de week-end, trop loin des look out, temps pourri): juste quelques gouttes s’intensifiant à mesure de notre approche du plus haut point sur le AT – Clingman’s Dome. Bien que vu en photo et décrit par J., l’édifice reste surprenant: un colimaçon de béton parmi des sapins ensevelis sous le lichen menant à un point de vue circulaire surplombant le tout, peuplé de panneaux indicateurs nous informant de la vue à deviner derrière l’énorme masse blanche de nuage. 2025 m d’altitude et 12 visiteurs en ce dernier jour d’ouverture de la route. (Journal, 29/11, 15.5 miles)

 

Par où commencer? La pluie? Le choc du sapin de Noël+tapis assortis après 5 jours dans les Smokies entre boue et pelle à crotte? A vrai dire, 52h de pluie non stop et surtout l’arrivée au Fontana Hilton, abri pas plus lumineux que les autres malgré son nom et situé à 6.6 miles du suivant ont eu raison de notre motivation.  Fontana Village Resort a été “construit” pour les familles des ouvriers du barrage, lit-on sur les journaux encadrés à la”Lodge”. Une village artificiel entièrement (ou presque) maintenant consacré au tourisme se résumant à un hôtel, un restaurant et quelques boutiques pour la plupart fermées en cette saison. Heureusement, le laundromat, pièce sacrée du thru-hiker, était encore ouvert. Nous voilà donc le cul posé sur les deux uniques chaises d’une pièce minuscule emplie d’une rangée de 5 machines à laver et sèche-linge empilés les uns sur les autres. L’air est un peu étouffant avec le radiateur mis à fond pour sécher mes semelles (oups!). Et la machine à laver produit un étrange bruit d’estomac satisfait comparable à celui de mon propre estomac après un dîner à 60 dollars (à deux) au restau de l’hôtel. Entre le “dehors” et le “dedans”, il y a toujours partage entre satisfaction du confort et malaise et culpabilité de l’endroit pas très en phase avec l’esprit de l’entreprise. Mais bon, est-ce vraiment ce que je veux, nager dans l’humidité ambiante 48h de plus sans vraiment voir le paysage (et regretter l’odeur de lessive qui nous ferait frémir les narines de bonheur à chaque coup de vent)… (Journal, 1/12, 15.2 miles)

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 De belles vues sur Fontana Lake et les Smokies ainsi que d’autres collines alentours. Finalement, la suite est tout aussi belle que ledit parc national, la foule et les obligations en moins (et la pluie en moins!). Seul regret, n’avoir connu la spécialité de la région, d’après Corn from the jar, bouquin feuilleté à la boutique du Fontana Lodge: le fameux et mystérieux Moonshine! D’après le livre, l’eau non calcaire et en abondance de la région en hiver et printemps a fait de cette dernière un haut-lieu de production de cet alcool, tout d’abord considéré comme un whisky (vu que les premiers colons avaient du sang irlandais) – ou “eau de vie” en gaélique (bon, de la gnôle de montagne quoi). La divine boisson reste plus un mythe (les images de Lawless aidant) que chose réelle et concrète à ce jour, vu que je n’en ai toujours pas goûté. (Journal, 2/11, 15.1 miles)

 

 

 

Laurel et Rhodo dans les brumes de novembre (VA)

 

Malgré une année « sèche », on a tout de même commencé à avoir du vrai temps d’automne de temps à autre, en ce dernier tiers de la Virginie. L’automne, lorsque la saison s’enfonce dans un brouillard de novembre enveloppant les arbres nus, la pluie amollissant le son assourdissant des feuilles mortes sous le pied. L’automne, saison de la chasse entre régions rurales aux vestiges coloniaux. Excepté le « blaze orange » du chasseur, des couleurs éclatantes (rouge, jaune, bleu), le chemin est à présent plongé entre blanc, gris, bruns et noirs. Et le rhododendron. Exotique, junglesque et toujours vert, formant voûtes et labyrinthes autour du Sentier. Un décor parfait pour les fantômes.

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Décor typique de l’AT-sud

Depuis Pearisburg. Réveil avec vue sur la colline foulée hier soir dans le noir, avant de se retrouver à nouveau dans le blanc, nuage inconsistant qui nous a suivit toute la journée précédente. On en a perdu les « white blazes » et fini cette dernière section sur l’ancien AT « permanently closed » côtoyant des « NO trespassing, hunting, fishing etc ». Une descente à la pennsylvanienne sur rochers humides et 3 m de feuilles mortes ; un sol plus glissant que du guacamole dans mon intestin après 7 jours exempts de fibres végétales autres que celles du beurre de cacahuètes). A part un chasseur perdu dans la brume donc (et une tortue !), peu d’âmes vivantes. Saison de la chasse vintage en ce moment : 1ère « bow and arrow », 2nde, fusil à poudre  et 3ième , easy way (fusil moderne). Arrivée en ville sur une usine de toute beauté fumant dans l’humidité ambiante et la traversée d’une des plus anciennes rivières au monde géologiquement parlant : New River (ils ont le sens de l’humour. Ou de la contradiction!). Ensuite: de vieilles Mustangs livrées aux étoiles et au vent provoqué par les véhicules lancés sur la Highway et un ancien motel dont il ne reste plus que le nom “Rendez-Vous”, brûlé sous le feu de trop nombreuses passions. (Journal, 2/11, 7 miles)

 

Rhododendron ou Laurel Mountain, that is the question! Croyant innocemment marcher sous des tunnels de Laurel Mountain, un arbuste aux feuilles ovales et longues d’un vert profond, nous découvrîmes qu’il s’agissait en fait de rhododendrons. Après descente de la crête, nous voilà en quête d’un peu plus de faune que de flore: direction Trent’s grocery et ses hot-dogs! Entrer dans Trent grocery est un peu comme entrer dans les bois, le chevreuil en moins: dans la boutique de la station essence, que des chasseurs en tenue camouflage, façon arbres mouvants (ah l’osmose parfaite avec la nature!). L’établissement est en tous cas à la hauteur de mes espérances: Little Debbie à n’en plus finir, coincés entre tout un attirail de chasseur-pêcheur. Mention spéciale au silencieux pour nez de chasseur enrhumé. Suite de la journée entre rhodos et some Daft Punk – “stay up to the sun, for good fun, to get some, and get lucky” et surtout pour survivre à l’humidité. (Journal, 4/11, 20.1 miles)

Le Mountain Laurel (et pas l’inverse) et le Rhododendron, deux plantes qui vous suivent jusqu’à la fin. Où l’on apprend que Mountain Laurel Designs ne fait pas seulement référence à la compagnie d’équipement de rando… Les deux se ressemblent à l’automne et l’hiver comme deux gouttes d’eau étant des “plantes à feuilles persistantes”. Le Rhodo a cependant des feuilles plus étroites et longues, d’un vert un peu plus prononcé et on le trouve en masse près de sources et cours d’eau. Les deux arbustes forment souvent des “tunnels” au-dessus du sentier, vous prévenant de fâcheux coups de soleil au cas où le brouillard se lèverait…

 

 

[…] Deuxième tiers toujours assez secs, grimpant entre rochers, sources débordantes et ruisseaux gonflés d’une eau brune se jetant en une mousse blanche et bruyante entre des éternels rhododendrons et Mountain Laurel verdoyants de bonheur sous la pluie. Les couleurs sont plus vives que jamais: verts des mousses et fougères, jaune pâle de l’herbe et vert bleuté du lichen, enfin, les tiges rouges contre la terre noire. On marche sur un sentier de plus en plus rocheux (rochers presque violets) pour atteindre des plaines ou plateaux ou paissent paisiblement les fameux “wild poneys”. Pas de pique-nique bucolique entre crottes de poney: fait froid et mouillé et on continue sur le chemin sableux devenu rivière. (Journal, 9/11, Thomas Knob shelter, 14.5 miles)

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Après les Grayson Highlands, une de mes parties préférées malgré (grâce à?) la pluie qui m’a dissuadée (au bonheur de mon partenaire de marche) de faire 1 mile de plus aller-retour jusqu’au Mt Rogers – plus haut sommet de la Virginie, on arrive aux abords de Damascus. Rien à voir avec la Syrie; la petite ville est plutôt connue pour son festival “Trail Days” et l’héritage laissé à la musique folk (“the hillbilly music” et autres). Le Sentier emprunte pour un temps le “Virginia Creeper Trail“, une ancienne voie de chemin de fer qui transportait des troncs d’arbres dans le passé. La voie a été reconvertie en piste cyclable/chemin de rando – chose courante aux US – que l’on pourrait suivre jusqu’à Damascus. Mais le AT aime ses “ups and downs“, empruntant le chemin des crêtes avant de redescendre vers la ville.

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A Damascus, plus de Laurel ni rhodos mais des vétérans: on est le 11 novembre et on fête ces vieux bougres (anciens héros de guerre encore vivants mais pas trop). Ça signifie surtout jour férié pour le thru-hiker, qui du coup ne fait rien puisqu’il ne peut même pas aller à la poste.

L’esprit du Sud (VA)

Finalement, cette séparation Nord/Sud rappelle un peu les mêmes querelles climatiques dans notre beau pays. Sans être une supportrice acharnée de la théorie des climats de Montesquieu, il y a là matière à penser. Retour pieds sur terre: c’est dans le county de Roanoke, à la sortie de Daleville, qu’on a pu goûter à cet esprit, région où se trouve “the most photographed point along the trail”.

 

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Biscuits and gravy à Bojangles, Daleville

Routine d’une journée en ville : douche, machine, planning du ravitaillement. Ces journées passent plus vite qu’un land-rover dans le Sud (paraît qu’ils ont la conduite agressive). Les 15 miles sous une froide pluie jusqu’à Daleville ne sont ainsi qu’un bref souvenir, souvenir juste assez prégnant pour me rappeler d’acquérir des supergants imperméables afin d’être en mesure de ranger ma tente sous une pluie diluvienne tout en évitant de perdre mes doigts, chose plutôt pratique et agréable en vérité.  (Journal, 26/10, 17 miles)

 

Pluie de jaune au matin, les feuilles coulant depuis le ciel, avant d’atteindre la crête bordée de rochers suspendus dans le vide, crête suivie jusqu’au Mc Afee Knob juste avant une tornade de day-hikers. “We are proud of you”, lance une d’entre-eux, apprenant que nous sommes thru-hikers. Ciel bleu sombre ponctué de nuages en dégradé de blancs et gris, le soleil faisant de brèves apparitions sur la bien verte herbe de la vallée en contrebas.

 

Même accueil à bras ouverts à The Homeplace, un restaurant dont la devise est de servir des plats “comme à la maison” et qui ont du goût (rare aux États-Unis nous indiquait l’article encadré au mur), le tout dans une ambiance Sécession et bois de châtaignier. La cuisine du Sud, nous l’apprîmes en un repas pantagruélique, ne se résume pas aux biscuits and gravy et au fried chicken. Une des spécialités est l’apple butter, une espèce de compotée épicée de cannelle et vinaigre (de pomme), se mangeant avec des biscuits.

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Sur l’un des murs, en face de nous, trônait un des instruments typiques de la musique des Appalaches – un dulcimer, réalisé dans le même bois que la charpente du restaurant – du châtaignier américain. Cet instrument ayant connu un essor important Moyen-Age a été probablement importé par les populations irlandaises et écossaises au XIXème siècle, et fait à présent partie des traditions musicales de la région, notamment après le retour au folklore des années 1970. Le dulcimer des Appalaches serait toutefois différent de l’instrument anglais médiéval (voir Wikipédia pour tout savoir). Malheureusement ma seule rencontre avec ledit instrument fut sur ce mur. En voici tout de même un extrait grâce à notre ami Youtube (le choix du titre est de nature tout à fait accidentel):

 

Nuit dans la grange du Four Pines Hostel hier, laissé les chats aux autres thru-hikers (dont un, Working Class, marchant Nord à cette saison!). Nouvelles chaussures après une semaine de torture en salomons waterproof: le pied (les, même). Surprise du jour entre les day-hikers montant aux Dragon’s tooth: un autre Sobo. Le look de base: mince et barbu. Mais avec l’attitude inimitable d’un rythme tranquille voire même lent (je devais jogguer pour le suivre). Ca avait l’air super facile à le regarder. Ç’la dit, il avait de l’entraînement: il venait de finir le CDT et a enchaîné sur le AT début septembre. Je crois que si on marche en sa compagnie c’est juste parce qu’il se sent malade et a ralenti son rythme depuis quelques jours (qu’une trentaine de miles, zut). “It’s the first time I stop so early” qu’il sort encore quand on arrive au shelter (oui bon la nuit était pas encore tombée). Un mec énervant quoi! (Journal, 30/10, 16 miles or so)

 

 

Bienvenue à Buena Vista – petite éloge du stop (VA)

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Une montagne chauve de plus

Réveil sous Orion et sa ceinture étoilée pour parcourir les 9 miles restants jusqu’à notre prochain point ravitaillement avant midi (Buena Vista). Le soleil se lève enfin, boule rouge au-dessus des montagnes moutonneuses de bruns orangés et rougis, sous nos pieds le tapis odorant « comme la mer » et surtout bruyant des feuilles. Puis l’on débarque, odeur précédant, dans des champs, rosée sur l’herbe et surtout pommiers tous les 10 mètres. La plupart sont à même le sol, trop lourdes pour les branches, éclatant sous le pied en un petit bruit mouillé. Certaines sortes sont plus acides ou ont plus de jus que d’autres, seul moyen de de le savoir : croquer dans chacune d’elles. Plusieurs espaces ouverts, dénués de végétation, se succèdent ainsi, anciens espaces agricoles ou de coupe du bois. (Journal, 23/10, 11 miles)

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Noël avant l’heure

 

 

 

 

Alors que nous venions de nous délecter de chaque yard de ces 2.8 miles de descente presque aussi raides qu’une planche à repasser reposant contre un mur ; nous arrivâmes enfin à ladite route qui nous mènerait au divin et sacré ravitaillement, baigné de soleil, tables de pique-nique en bonus. Tous ragaillardis de cette promesse imminente de manne (et d’eau !), nous sortons notre mignon petit pouce direction l’ouest. Trois voitures, premiers espoirs après deux minutes d’un vide automobile, passent sans ralentir. De nombreux véhicules passent dans l’autre sens. De nombreux véhicules passent dans le bon sens.  Ce n’est qu’une heure après, 3 déjà-vus de camions transportant des troncs, et une persévérance en montagne russe tentant de me convaincre que « oh après tout quelle magnifique jour pour parfaire mon teint » que la décision est prise. Après une heure de bronzage intensif donc, nous voyons débarquer Special Agent, Jolley (fils) et Powerslide (père) qui nous décident finalement à appeler la « navette » offerte par un poster collé à une table de pique-nique. L’homme, un accent incompatible avec le mien (malheureusement je suis à l’avant…ou communiquer sans se comprendre…) et quelques dents en moins arrive avec son pick-up 20 mn plus tard à la rescousse. Il nous dépose au restau mexicain (plutôt que le Burger King) donnant à la ville une atmosphère encore plus étrangère qu’elle ne pourrait l’être au départ.  (Journal, 23/10, 11 miles)

Quelque peu pressés de nous retrouver dans la splendide nature virginienne, on repart pour tenter un auto-stop qui s’avère tout à fait réussi…jusqu’au premier virage que notre charmante conductrice, une jeune mère au look gothique, clope au bec masquant l’odeur de désodorisant (ou l’inverse) prend sans ralentir d’un poil. Les vieilles frites coincées sous mes fesses commencent à se balader aux balancements de l’habitacle. 15 minutes de pur bonheur les yeux fermés où je me suis demandé si ce thru-hike n’allait pas se terminer un peu plus tôt que prévu. » (23/10, 11 miles)

 

Mings et Spandex, the two essentials (VA)

On parle souvent des 10 Essentials du randonneur, on parle moins souvent de Waynesboro.

Fatale erreur. Car c’est à Waynesboro que 1) le Spandex fut inventé, matière sans laquelle vous auriez bien peu d’élasticité 2) se trouve LE buffet chinois du Sentier: Mings.

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Waynesboro à présent, petite ville sans prétention, un « downtown historique » aux devantures pour la plupart vides. L’une des boutiques, probablement la plus fascinante de la ville, combine une agence postale, un magasin de robes de mariées et une succursale  de nettoyage en un seul local. Suite de l’exploration by night: un bâtiment rectangulaire gigantesque aux allures vaguement asiatiques de l’extérieur. Quelques lampions orange délavé et de géantes statues de dragons à l’entrée. A l’intérieur, de jeunes serveuses aux traits asiatiques et à la langue peu loquace, et de toute façon peu structurée en anglais, nous placent. Le buffet est à l’image du bâtiment : gargantuesque.  Les convives aussi parfois : assis derrière nous, une mère et ses deux jeunes filles déjà obèses; et plus loin, sous l’un des nombreux écrans TV, deux motards non moins imposants et tout en tatouages, en un tête-à-tête romantique. (Journal, 19/10, 14 miles)

Le buffet chinois…est une expérience aussi authentique aux États-Unis que de manger un burger. Et outre l’authenticité culturelle évidemment, elle en est presque un mythe pour un thru-hiker affamé qui voit dans la formule “all you can eat chinese buffet for 12 bucks” la solution directe à un estomac en constante demande de calories et d’une diversité gastronomique plutôt absente – voire nulle – une fois en chemin.

Le buffet chino-américain a ainsi un côté pittoresque que vous ne trouverez pas ailleurs, surtout en Chine. Tout d’abord, par sa musique d’ambiance inoubliable – un mélange de titres pop et hit-parade pour teens qui vous vrille les oreilles au bout de 2 minutes. Ladite playlist se mue, au moment de Noël (un bon mois voire deux avant) par un medley chants de Noël modernisés, toujours sur le style pop. De quoi enchanter votre repas. Ensuite, et bien sûr, les plats proposés: parmi les plats asiatiques habituels (nouilles sautées, riz sauté, nems, sushi… – autre pot-pourri de cultures), le buffet chinois possède toujours une section de plats “safe for American“. On y trouve  généralement, l’éternel Mac and Cheese (à l’origine des pâtes au fromage. Maintenant on sait plus bien), wedges (patates), pain à l’ail et beignets; avec parfois quelques variétés régionales (le fried chicken du Sud). Bref, un tour du monde (tout comme) gustatif en une quarantaine de plats…qui finalement reviennent à peu près tous à un goût identique. L’égalité dans la diversité, n’est-ce pas beau tout cela! Le repas s’achève sur une petite pensée philosophique contenue en un “fortune cookie”, laissant votre estomac et votre esprit complètement repus.

 

Au buffet du p’tit-dèj, une nouveauté à l’œil (et à la bouche) de l’Européen, ou l’Américain d’ailleurs, qui n’est jamais descendu dans le sauvage Sud des États-Unis: “biscuits and gravy“. Une des clientes de l’hôtel, une vieille femme dont la visite dans la cité du Spandex demeurera à but inconnu, m’a guidé dans mes premiers pas avec l’étrange mets, me conseillant de réchauffer le “biscuit” avant tout chose (heureusement). Ce plat consiste à manger une sorte de scone anglais noyé dans une sauce tout à fait indescriptible, type béchamel en plus épaisse et gélatineuse, avec une pointe de saveur viande. J’en ai passé plus de temps à lire le journal du Jour du coup. Première page: la munificente Oprah. Page économie: la munificente Oprah (ayant acheté 10% de Weightwatchers). Page politique: on s’attendait presque à y voir le portrait de la célèbre talk-show-woman mais non. Juste quelques considérations sur le nouveau ministre canadien et un magnifique schéma presque trop proche du manichéisme pour être vrai des candidats républicains et démocrates à la future présidentielle selon les questions qui agitent le citoyen américain (taxes, minimum wage, health care, same-sex marriage). (Journal, 20/10, 5.1 miles)

Oh Shenandoah palapalapa (VA)

Non, ce ne sont point les Champs-Élysées de la East Coast en un peu plus rugueux sous la voix de Bruce Springsteen. Oh Shenandoah, chanson entonnée sur les remous aqueux par navigateurs et autres voyageurs (traders de fourrure sur canoë. Rien à voir avec un voyageur SNCF comme me le suggère aimablement Gougueule) au début du XIXème siècle, celle-ci parle plutôt de la rivière que du parc national, dont le nom, évidemment, dérive de la fameuse rivière. Une des versions de cette chanson serait une chanson d’amour – of course – par un voyageur pour la fille du chef Shenandoah. En voici une version plus harmonique que celle de Bruce.

Dommage, ce ne fut pas accompagné d’un chœur que nous pénétrâmes dans le Shenandoah National Park; la rivière en était bien loin, restée dans les méandres d’Harpers Ferry. A nous, allait s’offrir d’autres types de méandres…

Rencontres du jour : Kermit, thru-hiker ; quelques sections-hikers et des vieux venus avec leurs jumelles pour trouver leur chalet depuis le Skyline Drive. « Thank you for the Statue of Liberty », qu’ils me disent, apprenant ma nationalité.  « Thank you for Mc Donalds and Starbucks », aurais-je dû leur répondre (suggestion de J.), mais sur le coup je n’ai été que courtoisement circonspecte. Et oui, vous pouvez traverser le parc entier en voiture (sauf lorsqu’il est fermé pour cause de différend fédéral entre partis politiques. Apparemment tout le gouvernement « shut down », et là il n’est plus question d’herboriser dans les lieux décrétés nationaux, allez donc savoir pourquoi). (Journal, 14/10, 17.7 miles)

 

Le système des parcs nationaux aux États-Unis est très différent du système français dans le sens où celui-ci a été pris d’assaut par “l’industrie du tourisme” [E.Abbey]. Ce système a été créé dans les années 1920s à la suite de l’établissement du tout premier parc en 1872- Yellowstone, en réaction protectrice à l’industrie grandissante de l’exploitation forestière (logging) et agricole (farming). L’unique petit souci est que l’Acte rédigé – comme bien souvent – peut s’interpréter un peu à n’importe quelle sauce, tel que le montre l’argumentation infaillible d’Edward Abbey dans Desert Solitaire; un écrit laissant libre cours au développement touristique au détriment parfois des zones à préserver.

“The Park Service […] was directed not only to administer the parks but also to ‘provide for the enjoyment of same in such manner and by such means as will leave them unimpaired for the enjoyment of future generations’. This appropriately ambiguous language, employed long before the onslaught of the automobile, has been understood in various and often opposing ways ever since. The Park Service, like any other big organization, includes factions and factions. The Developers, the dominant faction, place their emphasis on the words ‘provide for the enjoyment’. The Preservers, a minority but also strong, emphasize the words ‘leave them unimpaired’. It is apparent, then, that we cannot decide the question of development versus preservation by a simple referral to holy writ or an attempt to guess the intention of founding fathers; we must make up our own minds and decide for ourselves what the national parks should be and what purpose they would serve.” (E.Abbey, “Polemic: Industrial Tourism and the National Parks”, Desert Solitaire)

Une question toujours d’actualité en ce 100ème anniversaire du système qui a fait la couverture du premier National Geographic de 2016 , d’un autre avis que le précédent auteur, sous le titre “The Power of Parks”.

L’avantage est que les sentiers de randonnée sont plutôt bien entretenus, ce qui est loin d’être le cas sur la totalité de l’AT. Il faut voir le chemin sur la fin du Parc, là où plus aucun touriste ne vient: c’est un retour à l’habituelle esthétique du trail, c’est-à-dire “up and downs” bien raides et “rocks and roots” qu’on retrouve presque avec plaisir.

 Beauté d’un frais matin d’automne me donnant une énergie que je ne pensais plus trouver. Comme d’habitude, équilibre des énergies : J. fait la gueule à cause du froid. Petit à petit, le soleil nous réchauffe et on ne sent même plus les miles jusqu’au “Big meadows wayside », un « wayside » étant un point vital pour touriste (et thru-hiker) contenant toutes sortes de cochonneries plus ou moins mangeables. « You will never get authenticity in a national park, if that’s what u’re looking for » J. (Journal, 16/10, 18.2 miles)

 

Ce soir, à l’heure où j’écris cette prose de sentier à l’aide de mon magnifique stylo PNC (une banque à Duncannon), le vent s’est à nouveau levé et agite les feuilles en ombres chinoises sur le dégradé en feu du soleil couchant, un mince croissant de lune pour nouvelle lumière. Repos pour les oreilles devenues habituées au crushing des feuilles mortes, feuilles de châtaignier notamment. Vu un deuxième méga big nounours ce soir avant d’installer le camp…et d’observer un troupeau de touristes rentrant à leur voiture. Feeling like wildlife in a zoo suddenly. (Journal, 18/10, 18 miles)

 

“Virginia is for lovers”, Virginia (VA)

La Virginie, débutant peu après Harpers Ferry, est communément appelée “The Green tunnel” parmi les thru-hikers, leur inspirant le terrible sentiment du “Virginia Blues“, fatal pour certains! Il s’agit en fait du premier long État pour un Northbounder dont le moral se trouve soudain assailli par la désagréable impression de non-accomplissement. Pour ne rien arranger, le sentier au printemps – saison à laquelle le Nobo parcoure ces miles – n’est qu’un écran vert d’où le relief est quelque peu difficile à saisir.

Rien de tout cela ici: après la Pennsylvanie, la Virginie avait un air de paradis, surtout dans un temps d’automne à majorité frais et ensoleillé, arbres nus dégageant la vue sur les vallées. Une monotonie d’autant plus effacée que nous reprenions le chemin des hauteurs avec plus de montagnes (The Priest), un parc national (Shenandoah), quelques vues prisées (Mc Afee Knob et The Dragon’s tooth) et une région de toute beauté (Grayson Highlands); le Sud commençant aussi à dévoiler ses différences d’accents, de mets et d’atmosphère.

 

Avant Front Royal, porte d’entrée du Parc National des Shenandoah, le chemin reste encore assez bas mais reprend ses éternels “ups and downs“.

Ups…

Temps d’automne parfait aujourd’hui, rouge et jaune des feuilles contre le bleu du ciel. Première nuit dans un hostel où je dors comme un ours en hiver. Le chien du caretaker est le “véritable maître des lieux”, blague l’homme qui nous fait nos pancakes, pantalon pyjama Bob l’éponge. Le maître a pour nom “Tchang”,’un dictateur chinois, suite fidèle à son défunt prédécesseur “Mao”. Le bâtiment qui nous abrite possède une forme arrondie et vitrée au bout du salon rectangulaire: il a été par le passé conçu pour un couple dont la femme répétait ses récitals dans les années 1930. Pendant 20 ans, la maison n’a pas été habitée jusqu’à ce que le ATC ne la rachète. (Journal, 12/10, 19.9 miles)

…and downs.

Sorte de jour où les miles parcourues n’ont qu’une destination, l’esprit ailleurs – passé ou futur – afin de combler le temps. Jour plus humide se levant dans une espèce de lumière jaune écrasée par un ciel à promesse blanche, une fine pluie l’accompagnant. Des arbres immenses toujours, le sol en feu de rouges et jaunes. Arrivée enfin à Front Royal où nous nous sommes précipités sur un petit (faux) restau italien. La serveuse, apprenant que nous marchant le AT, nous a félicité une bonne quinzaine de fois et bombardé de questions – « how do you do with your job ? », « with the food ? » etc.), avant de prendre son fils à parti et lui dire qu’il devrait faire pareil. « I would rather drive ». Marmonnement du jeune homme de 17-18 ans attablé au fond de la salle levant vaguement le sourcil. On revoit le mec, au pantalon panthère violet, dans le family dollar ET le food lion un peu plus tard. A croire qu’il nous suivait, sûrement désoeuvré..Vu le nombre de pubs pour des emplois dans cette ville (sclérosée par la drogue, d’après notre 1ere conductrice), je doute que la vie y soit super excitante. Le tout achevé par un café – pour avoir le wifi – au Mc Do du coin. A nos côtés et impossible à ne pas entendre : un autre jeune gars racontant ses exploits en prison à son jeune frère (7 ans à tout casser). Pas mécontents de repartir sur le chemin. (Journal, 13/10, 18.1 miles)