“Live free or die” – New Hampshire (NH)

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Aux USA, chaque État possède sa devise; plus ou moins intrigante.. [journal du 3 janvier, Minnesota]

Passage de la frontière en pleine forêt de conifères, on ne s’aperçoit du changement qu’une fois proche de véhicules motorisés affichant fièrement une devise pas du tout radicale : “Live free or die“. Au moins, ça a le mérite d’être clair.

L’extrémisme de la sentence va de pair avec le paysage, non pas que les Whites, massif réputé de l’endroit soit d’une difficulté excessive à franchir, mais plutôt que l’imagination humaine et l’affluence de touristes inexpérimentés aidant les éléments, le lieu est devenu légendaire pour ses superlatifs absolus.

 

En fait, à l’origine, cette extrêmitude toute américaine proviendrait de la Révolution française où l’on proclamait à tout va “Vivre libre ou mourir”; reprise ensuite par un certain général John Stark lors de la guerre Révolutionnaire. Comme quoi, y’a pas que les Américains qui sont sur le coup. La formule annonce en tous les cas la suite, car c’est bien au New Hampshire que “résident” les pères fondateurs du pays.

En effet, après avoir vaincu les “Wildcats” aux changements d’altitudes plutôt brutaux (c’est raide!), on grimpe de l’autre côté de la vallée vers la chaîne des Presidentials – pas encore celles de 2016, non non – où quelques heureux élus des 43 présidents américains de l’Histoire ont chacun droit à leur sommet, le plus haut revenant au premier, etc (y’a eu quelques bugs dans l’attribution, mais lesdits intéressés ne se sont jamais plaint).

A l’ascension, le temps est clair, les oiseaux chantent et le soleil brille promettant une vue extraordinaire. On passe le premier, Mt Madison, et son refuge, Madison Spring Hut, avant de regrimper joyeusement vers le clou du spectacle: Mt Washington. Qui fut tout de même premier président du pays (1789-1797) et un des pères fondateurs des USA. Pas d’pot, le mec a plutôt la tête dans les nuages, chose  récurrente d’après la station météorologique installée au sommet qui indique les vents les plus forts enregistrés sur la planète.

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Le soleil brille, les oiseaux chantent – Mt Madison

Sur les lieux, peu question de présidents, de quête de la liberté ou autre lubie révolutionnaire; il s’agit plutôt de survivre à la horde de touristes fraîchement arrivés en tongs par le train ou la voiture et qui se battent pour prendre leur selfie avec le panneau tout-puissant révélateur de leur exploit -“Pousse-toi ou meurs”, telle est la nouvelle devise. Ben oui, parce que y’a une route qui se rend jusqu’au sommet (on peut acheter des autocollants “I survived the drive to Mt Washington“).

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En voiture, au supermarché et maintenant en montagne- parce que l’être humain aime faire la queue.  Mt Washington, un peu embrumé par tant de monde.

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Allez une p’tite photo quand même! (vous remarquerez l’ascension bâtons-free, inutiles sur ce terrain extrêêêmement rocailleux)

Et on repart joyeusement, dans les vents féroces balayant les têtes des “premiers présidents” : Madison, Washington, Franklin, Eisenhower… pour s’arrêter pour la nuit dans une des à la fois redoutées et convoitées “huts” du massif – Mizpah Hut. La particularité des Whites est en effet de proposer un service de refuges en montagne – tout aussi extrême que la météo (150 USD TTC/ nuit et personne) – mais accessible au thru-hiker sous la forme d’un “work for stay” sur la règle du “premier arrivé, premier servi” : le marcheur bénéficie du couvert et d’un endroit fermé pour dormir en échange de menus services, tels que vaisselle, ménage, etc. Plutôt sympa dans l’idée, la pratique est très décriée parmi les thru-hikers, la relation entre les équipes en charge des refuges et les marcheurs prenant parfois la couleur d’esclavage contemporain: histoires de randonneurs refoulés par très mauvais temps, envoyés à un espace de bivouac plein 2 miles bien raides plus bas, faits attendre des heures avant de se coucher (car ils doivent attendre que les “invités” daignent se retirer dans leurs appartements), faits payé 10 USD pour se retrouver parqués dans une salle minuscule aux relents d’excréments, etc.

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Pour le coup, le passage des “horrible people of the huts” s’est passé sans encombres, excepté celui de nos estomacs qui ont bénéficié de nombreux restes de petits-déjeuners et autres snacks donnés gratuitement aux thru-hikers en plus du ravitaillement habituel…

Les Whites continuent avec d’autres personnalités de la Révolution américaine: Garfield, Lafayette – ce “héros des deux mondes”, Marie-Joseph Paul Yves Roch Gilbert du Motier pour les intimes-, et Lincoln avant d’autres toponymes évocateurs tels que Liberty Spring. Un vrai vent de liberté épongeant un peu toute la sueur passée à grimper et dégrimper, notamment ces chers Lincoln et Lafayette. D’une pierre deux coups, cela nous rafraichit également la mémoire concernant l’Histoire commune des États-Unis et de la France à l’heure révolutionnaire (1789) (et 2016?). Comme quoi, on ne rencontre pas que des arbres en randonnant.

Enfin, voici l’ascension du Mont Moosilauke, dernier haut sommet du New Hampshire; après “c’est tout plat” comme disent les Northbounders. En attendant c’est un peu plus pentu, avec une montée en 136 marches de bois rectangulaires parmi d’autres moins géométriques, le long d’une chute d’eau/ rivière de toute beauté (2210 ft, 1,9 miles c’est-à-dire 680m de dénivelé positif sur 3km environ). Bref, on est content d’arriver en haut.

De retour sur le plancher des vaches le lendemain, le chemin passe aux abords d’un de ces endroits spécialisés dans l’accueil des randonneurs longue-distance du AT : le Hikers Welcome hostel de Glencliff. Entre temps, le temps s’est couvert, et quelques gouttes s’écrasent sur nos sacs lorsque nous découvrons le lieu, bondé de tentes tout autour du bâtiment principal, une foule de barbus en crocs (l’image du thru-hiker moyen au repos. Enlever la barbe pour les femmes mais laisser les poils des jambes) réfugiés sous l’espace couvert commun. On dépose nos affaires, discutant des tâches à faire avant de repartir: lessive, douche, ravitaillement. “But you are hiking out today? nous interrompt soudain une randonneuse attrapant la conversation au vol, “you know that it’s a tornado coming!!?” Ladite demoiselle en a presque l’air offusqué. La pluie qui s’abat sur nous a certes les allures d’une tornade de pluie, mais il semble que le propriétaire de l’hostel ait un peu exagéré les faits météorologiques afin de retenir ces brebis randonneuses un peu plus longtemps au chaud. Ces dernières sont d’ailleurs en plein plongeon romantique dans la quête du maudit anneau, pizza surgelé et sandwich de glace dans une main, pions du jeu de société du même univers dans l’autre.

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Le Seigneur de ces agneaux

Live free or die“. Agneaux barbus, montrant (consciemment ou non) leur opposition au système et à la norme par le poil. Il y a beaucoup, dans l’entreprise d’un thru-hike, cette espèce d’attitude anti-société : loin des villes, sans travail et le poil en liberté. Mais finalement, encore dans ce domaine, le chemin reste dominé par une population masculine à la peau blanche.

 

La tornade de pluie laisse bien vite place à une tornade de soleil et nous repartons dans les bois enchantés du Sentier, et “son odeur si particulière après la pluie” (journal de bord, 25/08), extrêmement contents de reprendre la route .

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