Freedom et crèmes glacées, West Virginia (WV)

Harpers ferry

Au-dessus du fleuve Shenandoah [photo: Jake]

Jour humide à nouveau. Arrivée à Harpers Ferry après 2 miles interminables  (“this is endleeeeesss”) le long du fleuve Potomac sur une ancienne ligne de chemin de fer transformée en piste cyclable. « The most boring miles » d’après une thru-hikeuse rencontrée dans la dernière hut des Whites, qui ne pouvait s’empêcher de trouver quelque chose de négatif à redire sur le Sentier. Il est vrai que l’inconvénient est qu’il est plutôt difficile d’y trouver un endroit pour pisser. Retour aux préoccupations primaires. Le fleuve rencontre en un V la rivière Shenandoah à l’embouchure du village tout de briques ocres bâti. Après la traversée sur le pont, c’est pas fini: le Sentier traverse le village puis revient le long de la Potomac où l’on trouve un rocher de plus, avec un nom cette fois: Jefferson. Mmm vaguement familier… “This scene is worth a voyage accross the Atlantic”, qu’il aurait dit le mec, sur son petit rocher. Pas venue pour un seul rocher moi! (Journal, 9/10, 19.7 miles)

 

 

Ça n’a pas changé depuis 1783, la vue des deux rivières – Shenandoah rejoignant la Potomac – est assez impressionnante et je ne pourrais mieux la décrire que Thomas Jefferson. Il faut rajouter en plus le chemin de fer et ôter quelques ponts dont les fondations barbotent encore dans les flots de la Potomac, ainsi que quelques touristes, venus en masse en ce début de Colombus day week-end – dans d’autres États, devenu le Native Indigenous day. Oui, celui dont on a longtemps dit qu’il avait découvert l’Amérique ; le pauvre n’en demandait peut-être pas autant que ça.

“A lot of nonsense was the innocent result of playfulness on the part of the founding fathers of the nation of D.H. and K.T. [Vonnegut’s characters]. The founders were aristocrats, and they wished to show off their useless education, which consisted of the study of hocus-pocus from ancient times. […] But some of the nonsense was evil, since it concealed great crimes. For example, teachers of children in the USA wrote this date on blackboards again and again and asked the children to memorize it with pride and joy: 1492 […]”. (K. Vonnegut, Breakfast of Champions)

Enfin ici, il n’est plus vraiment question de Christophe Colomb mais de John Brown, illustre inconnu pour l’européen moyen mais pas pour qui s’intéresse au théâtre de la guerre de Sécession (1861-1865), laquelle nous accueille sur tous les panneaux touristiques ; sans compter quelques vagues échos également de la guerre Révolutionnaire.

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Révolution, Sécession…et chewing-gum. Ou la liberté de mâcher.

Ainsi tout y est révolutionnaire ou sécessionaire, des bouquins aux bonbons. On ne sait pas vraiment si c’est pour vendre plus de chewing-gums du temps jadis et autres bonbons consommés par les soldats de l’époque. La ville est par ailleurs au moins aussi réputée pour ses crèmes glacées que son rôle dans les diverses guerres; et très prisée comme arrière-plan pour photo de mariage.

Une crème glacée à la main, on se glisse donc entre la foule pour entrer dans un des bâtiments contenant tous une exposition ou une reconstruction historique. J’atterris dans un des musées (J., aux toilettes. La liberté révolutionnaire l’intéresse moyennement à ce stade).

Derrière le personnage de John Brown, un abolitionniste qui fomenta une révolte en pourvoyant les esclaves d’armes, le musée raconte la fondation de la nation multipliant les noms-concepts – « droits civils », « justice », « liberté », démocratie », « révolution» – de la date de fondation à nos jours. La rébellion de John Brown tomba en fait à l’eau. Mais point celle de la liberté!, nous informe  le prospectus du parc : « In October 1859, determined to arm enslaved and spark rebellion, John Brown and his followers seized the armory and several other strategic points. The raid failed, with most men killed or captured. Brown’s trial and execution focused attention on the issue of slavery and propelled the nation toward civil war. […] John Brown’ raid made Hapers Ferry a symbol of freedom ». (Harpers Ferry historical park document)

 

Sur cet intense sentiment de liberté, nous remontons vers l’hostel où hier, deux marcheurs se sont amusés à faire “le 4 State challenge” consistant à marcher de la frontière pennsylvanienne à la frontière virginienne en 24h (seulement 42.9 miles pour ceux qui auraient l’imagination en délire), un des multiples challenges du trail. La rue qui y mène passe devant l’Appalachian Trail Conservancy (ATC) où les thru-hikers y sont tous enregistrés – nom et photo – dans des classeurs de plus en plus gigantesques; traçant aussi, finalement, l’Histoire du Sentier par ses randonneurs.

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eaux libres du fleuve Potomac

On ne peut s’empêcher de penser au présent et évènements politiques à venir à la vue du panneau « protests in democracy » dans le petit musée à côté de la librairie; probablement – mais sûrement pas dans ce sens – un des buts de l’exposition. Il est clair que le mot ne veut plus rien dire aujourd’hui, pris en sandwich dans des habitudes d’idéaux qui vivotent. La démocratie, un terme à redéfinir. (10/10, Journal, O miles).