A l’approche du Depproach trail

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Pas de conclusion philosophique et spirituelle en ce post-réflexion sur le voyage à pieds, juste des remarques assez banales: oui, marcher tous les jours pendant plusieurs mois est un peu comme une introspection de longue durée et vous en sortez changé; comme on dit “c’est le trajet qui compte, pas la destination” (surtout vu la tête de la destination!) (ah, pauvre Mt Springer!).

J’avais commencé ce voyage en solo, comme à mon habitude; un voyage qui s’est vite métamorphosé en duo, pour le meilleur et pour le pire (hé, quand même!). Je laisse le mot de la fin donc à mon “hiking partner” avec qui j’ai finalement marché presque 4/5ième du chemin: “hiking slows the time down. 2 months seem to last 4, 4 months seem to last 8.  You experience so much more by walking.” [retranscription la plus proche]

 

Hommage, enfin, à tous ces thru-hikers rencontrés sur le chemin qui, listés ici, ont un peu l’air de se trouver sur une piste de cirque, mais montre vraiment la diversité de la “population du trail”. Je n’ai pas indiqué les noms pour conserver l’anonymat.

  • un pasteur virginien
  • un journaliste coréen
  • un photographe allemand fan de Zaz
  • un père de famille divorcé de l’Indiana
  • un ancien prof d’anglais à Paris habitant à Atlanta
  • une mère et sa fille de 16 ans, Moby Dick dans le sac à dos
  • un yoyo-iste qui marche parce qu’il aime bouffer
  • une canadienne ancienne prof de français à Aix en Provence
  • des troupes entières de retraités autour de 70 ans et en pleine force de l’âge
  • une mère et ses trois enfants entre 5 et 12 ans
  • une mère et sa fille 70 et 40 ans
  • un jeune de 21 ans tout juste sorti des Marines
  • une écrivaine trouvant son inspiration dans ses rêves
  • un étudiant aux Beaux-Arts
  • une éditrice de bouquins dans le Maine
  • un mec au look Indiana Jones
  • un retraité et son fils
  • un jeune homme vivant sur le trail
  • une jeune fille qui marchait pieds nus
  • deux femmes de l’Alaska marchant 6 à 10 miles par jour
  • un homme avec son ordinateur portable
  • un couple écrivant un livre sur les toilettes sèches du trail
  • un marcheur ayant fini le CDT dans l’année et marchant une moyenne de 30 à 40 miles par jour.
  • et j’en oublie obligatoirement…sans compter toutes les personnes “autour” du trail, celles qu’on nomme “trail angels” ou simplement proprio d’hostels; et surtout, (surtout!) les équipes de maintenance du trail!

 

Et parce qu’il paraît que la notion du temps est toute relative:

 

Aller lentement en allant vite,

une chouette rétrospective du Sentier des Appalaches par John Z.

“We are preoccupied with time. If we could learn to love space as deeply as we are now obsessed with time, we might discover a new meaning in the phrase to live like men.” (E. Abbey, Desert Solitaire)

Ca sent la faim! Mt Springer (GA)

Le soleil est à présent haut dans le ciel totalement bleu. Le sentier monte direct bien raide et il commence déjà à faire trop chaud. Un peu plus loin dans la forêt toujours aussi dénudée de ses feuilles, un bruit soudain comme des coups de fusils: la chute d’un arbre. Autour, rien ne bouge, le soleil brille imperturbable dans son cocon de ciel bleu. Seul, un arbre tombe. Heureux d’être encore en vie, nous continuons, victimes de l’effet post-caféine du matin+ du poids mortel de nos sacs. On passe pourtant des crêtes de toute beauté, et le trail est pour une fois superbement maintenu avec des nouveaux drainages creusés tout du long (“ce qui n’arrive pas constamment”, mentionnait Sir-Packs-a-lot, inquiet pour l’avenir du trail et sa fréquentation). (Journal, 8/12, 10 miles)

 

Vers la fin, on voit généralement deux types d’attitudes: ceux qui en ont marre ou qui veulent à tout prix se débarrasser des derniers miles en les courant presque; et ceux qui voient la fin de plus en plus proche et aimeraient bien “avancer à reculons”. L’aventure devient presque déjà un souvenir dans l’esprit du marcheur, partagé entre l’idée réconfortante d’un vrai repas quotidien et l’idée angoissante de rester assis plus de 2h sur une chaise…

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mur du Top of Georgia Hostel

A 30 miles de Mt Springer, on passe par le seul bout de chemin “sous un toit et entre deux bâtiments”: retour au béton! C’est en fait ici que se trouve le magasin d’équipement de rando qui parfois rééquipe entièrement certains Northbounders partant avec un matériel pas vraiment adapté…

 

Ciel couvert, humidité à son maximum: AT bonjour! Petit rappel à l’ordre en cette fin de Sentier. La sensation constante d’humidité froide et collante est une des choses que je ne regretterai pas! Dès le réveil – lumières de la ville éteintes à la lumière du jour en contrebas -, ça vous colle à la peau. 1 mile après cet humide départ, nous débarquons à Neels Gap assoiffés, pensant qu’on y trouverait de l’eau. Pas d’bol, l’électricité venait juste de sauter…Heureusement, il restait quelques litres en réserve. Dehors, un trail runner attendait aussi l’ouverture du magasin. Et à côté: un chat énorme nous matant de ses yeux sexy, l’air de dire “ici est mon royaume pauvres hères”. Enfin, l’électricité est revenue et le café avec. Session essai d’équipement: ils avaient les ULA et le dernier modèle de Six Moon Design, mais rien de bien convaincant. Soudain est apparu la tête fatiguée de Special Agent, il n’avait pas l’air d’avoir apprécié ses 11 “twenties” à la suite et semblait prêt à finir! On et reparti avant que la grand-mère ne disserte trop sur les réfugiés (j’ai eu le malheur de dévoiler ma nationalité engageant la conversation sur des sujets dangereusement politiques). (Journal, 10/12, 15.9 miles)

 

 

Les derniers 30 miles se font entre des noms délicieux (pas étonnant que les randonneurs  fasse tout un mythe du Sentier) du type “Blood Mountain” et “Slaughter Creek” renvoyant en réalité (selon interprétations) à une bataille plutôt sanglante entre deux tribus amérindiennes, et toujours entre rhododendrons et agréable humidité. Bref, rien à signaler.

 

SPRINGER!!! Comme si le Sentier souhaitait nous rappeler à sa réalité, le jour fut chargé en chaleur humide (en décembre…). Essuyage de tente au matin, la toile garde un peu trop l’eau à mon goût, puis passages de Justus Mt et Sassafras Mt (le nom de cette dernière vient de la plante du même nom. Ses feuilles ressemblent à une patte de dinosaure, elles sont partout sur le AT) dans les nuages entre brume et arbres lourds de l’air empli d’eau. Un autre arbre en est tombé. Certains day-hikers nous ont félicités avant même l’arrivée (on sait jamais…!). Reste de l’aprem assez banale, passée sous une perf de musique de 1 ou 2h histoire de supporter l’atroce temps, près du Benton Mc Kaye Trail qui doit bien croiser 4 ou 5 fois le AT. Et enfin le sommet! Comme raconté, la chose n’est pas du tout spectaculaire et toujours très typique du chemin: pas de vue à cause des arbres! Il paraît que beaucoup de filles pleurent à l’arrivée de leur premier thru-hike, comme l’impossible soudainement possible; je ne sais pas si c’est l’absence de vue vertigineuse ou le degré hygrométrique extérieur mais l’arrivée ne m’a pas vraiment humidifié la rétine. (Journal, 11/12, 17.2 miles+1.5)

 

“Quand il reviendra, il fera grand jour” (GA)

Ah ce cher Jésus. Il a beau être mort, il revient tout le temps! Eh oui, quand même, sujet obligé pour les États-Unis dont on connaît les tendances religieuses très diverses et parfois un peu fantaisistes.  D’ailleurs, je n’en sais pas bien plus maintenant que avant, tellement il existe de “variantes” autour d’un même bouquin- quelle inventivité, vous me direz. Une présence occultée jusqu’à présent donc, mais se manifestant en fait tout au long du chemin; et auquel ce post est consacré, non dans un esprit spirituel de fin de chemin, mais plutôt s’accordant à la “couleur” du Sud, beaucoup plus religieuse qu’au Nord. Hiawassee, ville dans laquelle nous sommes allés nous ravitailler depuis le Top of Georgia Hostel, en était un joyeux florilège.

Hiawassee est une petite ville entre collines peuplées d’habitations et un lac d’un bleu intense lorsque le soleil est présent. Plutôt agréable, surtout que pour une fois tout se trouve à distance marchable, rarement le cas ici vu que les gens sont motorisés en toutes circonstances. Et d’autant plus que “Jesus” semble habiter la région: au moins 4 bâtiments, et non des plus religieux  (concessionnaire, resto…) célèbrent l’homme. Qui, soit dit en passant, colle bien peu à la tradition conservatrice du Sud, comme le fait remarquer J., ayant plus les attraits d’un hippie révolutionnaire (contradictoire?!). Une ambiance  au top donc que nous avons nous-mêmes célébré d’un buffet entre pères noëls et photos gominées de Gone with the wind, surplombant poulet frit, corn bread, épinard et purée de patate à la sauce gravy. Merci Jésus! (Journal, 7/12, 4.5 miles)

 

 

Georgia oh Georgia (GA)

A cet instant, tout le monde a à l’esprit Georgia in my mind, qui est d’ailleurs l’hymne de l’État, d’autant plus de circonstance si vous partez de Katahdin pour aller au Sud. Petit rappel pour ceux qui l’auraient pas en tête.

Tout à fait l’esprit (et la voix) du thru-hiker lorsqu’il gravit les derniers miles jusqu’au tant attendu Mt Springer.

Ou un peu comme le “wheeee” ci-dessous à 45 sec (en moins désespéré).

Deliverance, film qui a probablement contribué au stéréotype façon film d’horreur dans l’outback australien, du “crétin-assassin des Appalaches”.  A Neels Gap, on  trouve des autocollants adaptés de la  réplique devenue célèbre “paddle faster, I hear banjo music)” [Merci à J. pour la référence!]

Comme dans ledit film, les rhodos et Laurel Mountain sont toujours à nos côtés, ce qui, en plus de cette petite mise en musique permet d’éviter toute confusion avec la Géorgie européenne : celle-ci (la nôtre!) tient son nom du roi Georges II, un Grand-Britton, au temps des 13 colonies. Entre temps, il y a eu un peu d’exploitations de mines d’or et un petit déportement de Cherokee (c’est aussi en Géorgie que débute le Trail of Tears).

Mais avant de débuter un autre trail, revenons au chemin – qui n’a pas vraiment changé avec la frontière. Point d’affreux locaux nous sautant dessus au détour du chemin ni de jazzman entonnant une langoureuse mélodie, plutôt une faune locale dissimulée entre végétation et obscurité.

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cachée, une “barred owl”

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la terreur du shelter: un écureuil volant

 

Ayant survécu le lendemain à ce début de nuit si sauvage, nous avalons les 4.5 miles qui nous séparent de l’hostel à la vitesse d’un écureuil volant prenant soin de vos barres de céréales laissées sans défense. C’est toujours aussi raide dans les montées, mais l’air est frais, le soleil brille et 4 miles, c’est du gâteau, penses mon esprit. 9h40 tapantes, nous voilà devant le “OPEN” de leds rouges dans son petit cercle bleu clignotant du Top of Georgia Mountain hostel (rien que ça). “No shoes”, entends-je, alors que nous nous apprêtons à passer le seuil. On s’exécute et pénètre la pièce au plafond aussi haut presque qu’une église, une pièce qui sent le neuf. A la première impression, ça a l’air d’être l’un des hostels les plus propres et mieux “managés” du sentier. (bon, facile à dire, on est tous seuls). Buttercup, notre hôte, nous offre directement du café et un “hug” de bienvenue. Elle est volontaire ici, une soixantaine d’année, et n’attend que le mois de mars pour remettre les pieds sur le sentier après une tentative écourtée (de 5 côtes cassées). Le propriétaire, Sir-Packs-a-lot un “triple crowner”, est absent pour l’instant, “busy” pour la journée. (Journal, 7/12, 4.5 miles)

 

 

Odorantes Smokies (TN/NC)

 

 

Deuxième (et dernier) parc national: The Great Smokies National Park! Dès Kathadin, on en entend parler, souvenirs inoubliables d’après les dires… “une semaine de pluie”, ” fini la journée en hypothermie”, “du brouillard continu”: un Parc qui porte bien son nom apparemment. On regardait ainsi la météo tous les jours essayant de caler notre entrée dans la chaîne de montagne sous des auspices un peu plus chaleureux; un défi presque réussi.

“Les ours tapaient sur les grilles de l’abri”, “un ours a réussi à décrocher le sac de nourriture du système de câbles”… On entend aussi tout un tas d’histoires de nounours, qui auraient repéré l’endroit comme bonne source de provisions. Les Smokies sont en effet le seul endroit où le randonneur est contraint de dormir dans les abris mis à disposition, ainsi que d’accrocher toute chose odorante aux câbles pour ours (“bear cables“) pour éviter les accidents.

Les Smokies sont également le seul parc national sur le trajet où il est obligatoire de s’enregistrer à l’avance et payer des frais d’entrée (20 USD pour le thru-hiker, 4USD/nuit pour le section-hiker), ce qui est d’ordinaire le cas dans les divers parcs nationaux du pays (au nombre de 58).

Enfin, il faut environ 7 jours entre Hot Springs – dernière ville, et la suivante, demandant un peu de réflexion au niveau ravitaillement. Il est cependant possible de descendre dans la vallée à la moitié du Parc, à Gatlinburg – temple du tourisme smokien.

On a dû donc organiser un tantinet  la section suivante: météo, boule quiès,  sacs poubelles pour “bear bag” et envoi de paquets de victuailles.

Oublié que j’avais 500g de chocolat dans ce colis (en plus du nutella)…Ravitaillement pour grand froid, c’est-à-dire pour la dernière section et non pour la présente: la température frôlait les 20°C aujourd’hui. On a fait un tour au Mont Cammerer en bonus (pour mieux sentir toute cette extra food à la fin de la journée), c’était beau: la végétation gris–vert-bleu foncée, les montagnes dans la vallée comme une couverture mal rangée, une rivière, une aire de coupe de bois…Quelques randonneurs y admiraient déjà la vue tandis que d’autres attendaient probablement le coucher du soleil pour se fumer un p’tit joint.  (Journal, 27/11, 13.7 miles)

 

Longue journée à la conquête des crêtes des Smokies entre pins, mousses, ardoise et lichens, ainsi qu’une drôle de petite plante répandant une constante odeur de weed. Cette section me rappelle un peu les Whites (excepté l’odeur de weed)avec son lot de randonneurs aux multiples questions tel l’asiatique de ce matin, faisant son thé avec une vraie théière: “How do you do that? It’s a big comitment! What do you do when you go back?” (Journal, 28/11, 20.3 miles)

 

Après avoir échangé histoires plus ou moins salaces autour du feu, ce fut au tour des ronflements de nous bercer. Puis des reniflements et crachats d’un des convives à la réserve de glaires inépuisable.Puis au tour de quelques-uns de sonner la trompe à 5h du mat pensant qu’ils étaient tous seuls…Bref, une vraie nuit de repos. On aurait presque préféré qu’il pleuve comme prévu histoire de couvrir les bruits parasites. Il pleut à présent comme vache qui pisse après une tea-party avec ses copines à mamelles (il paraît que ce n’est pas si pire quand on est au-dehors). Heureusement, le gros de la pluie a commencé après notre arrivée à l’abri, vide pour une fois (fin de week-end, trop loin des look out, temps pourri): juste quelques gouttes s’intensifiant à mesure de notre approche du plus haut point sur le AT – Clingman’s Dome. Bien que vu en photo et décrit par J., l’édifice reste surprenant: un colimaçon de béton parmi des sapins ensevelis sous le lichen menant à un point de vue circulaire surplombant le tout, peuplé de panneaux indicateurs nous informant de la vue à deviner derrière l’énorme masse blanche de nuage. 2025 m d’altitude et 12 visiteurs en ce dernier jour d’ouverture de la route. (Journal, 29/11, 15.5 miles)

 

Par où commencer? La pluie? Le choc du sapin de Noël+tapis assortis après 5 jours dans les Smokies entre boue et pelle à crotte? A vrai dire, 52h de pluie non stop et surtout l’arrivée au Fontana Hilton, abri pas plus lumineux que les autres malgré son nom et situé à 6.6 miles du suivant ont eu raison de notre motivation.  Fontana Village Resort a été “construit” pour les familles des ouvriers du barrage, lit-on sur les journaux encadrés à la”Lodge”. Une village artificiel entièrement (ou presque) maintenant consacré au tourisme se résumant à un hôtel, un restaurant et quelques boutiques pour la plupart fermées en cette saison. Heureusement, le laundromat, pièce sacrée du thru-hiker, était encore ouvert. Nous voilà donc le cul posé sur les deux uniques chaises d’une pièce minuscule emplie d’une rangée de 5 machines à laver et sèche-linge empilés les uns sur les autres. L’air est un peu étouffant avec le radiateur mis à fond pour sécher mes semelles (oups!). Et la machine à laver produit un étrange bruit d’estomac satisfait comparable à celui de mon propre estomac après un dîner à 60 dollars (à deux) au restau de l’hôtel. Entre le “dehors” et le “dedans”, il y a toujours partage entre satisfaction du confort et malaise et culpabilité de l’endroit pas très en phase avec l’esprit de l’entreprise. Mais bon, est-ce vraiment ce que je veux, nager dans l’humidité ambiante 48h de plus sans vraiment voir le paysage (et regretter l’odeur de lessive qui nous ferait frémir les narines de bonheur à chaque coup de vent)… (Journal, 1/12, 15.2 miles)

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 De belles vues sur Fontana Lake et les Smokies ainsi que d’autres collines alentours. Finalement, la suite est tout aussi belle que ledit parc national, la foule et les obligations en moins (et la pluie en moins!). Seul regret, n’avoir connu la spécialité de la région, d’après Corn from the jar, bouquin feuilleté à la boutique du Fontana Lodge: le fameux et mystérieux Moonshine! D’après le livre, l’eau non calcaire et en abondance de la région en hiver et printemps a fait de cette dernière un haut-lieu de production de cet alcool, tout d’abord considéré comme un whisky (vu que les premiers colons avaient du sang irlandais) – ou “eau de vie” en gaélique (bon, de la gnôle de montagne quoi). La divine boisson reste plus un mythe (les images de Lawless aidant) que chose réelle et concrète à ce jour, vu que je n’en ai toujours pas goûté. (Journal, 2/11, 15.1 miles)

 

 

 

“When Bob Peoples speaks Chuck Norris listens” (TN)

Lorsque l’envie irrésistible lui prend soudain, le randonneur s’arrête en ville pour prendre une douche, faire sa lessive et boire du jus d’orange. Sur le AT, on rencontre des lieux assez spéciaux, ces hostels parfois spécialisés dans l’accueil de randonneurs, parfois juste spéciaux, très spéciaux.

Certains ne sont que de simples motels ou chaînes de bord d’autoroutes habitués du passage pédestre, mais beaucoup sont des sortes de B&B ou auberges de jeunesse dont l’atmosphère dépend beaucoup de votre hôte, menant certains endroits à devenir réputés pour leur accueil singulier, tel le garage de Chet (Lincoln, NH) ou The Doyle (PA). C’était le cas également de Kincora Hostel ou Bob People’s hostel, qu’on ne pouvait guère louper, annoncé par de multiples blagues à la Chuck Norris dans les abris de la crête surplombant le lac Watauga; tout comme le Greasy Creek Friendly, un peu moins connu mais tout aussi intriguant…

 

Il fait froid, il fait faim! Le lieu est toujours vide de son propriétaire, seuls les chats semblent indiquer que quelqu’un vit toujours dans les parages. On s’est consolé avec un sachet de mashed potatoes, du thé au gingembre, et les vieux Backpackers datant des années 80 et avant. “Staying Found, Star Wars style” titre un des articles. Il cause d’un “prototype device operating via radio signals emited by navigational satellites orbiting around the earth”. “The latest hand-held model weigh about 10 pounds and resemble a mutant car bred with a calculator. 23000 dollars “to never get lost in the wilds”. 23000 dollars, un peu cher le…gps?! (Journal, 14/11, 15.7 miles)

Bob’s people, en plus d’accueillir gracieusement les gens de passage dans sa propriété, est leader d’un groupe d’entretien du Sentier dans la région, entreprise d’autant plus appréciée après avoir marché dans des sections plutôt fantaisistes.  Il nous rappelle qu’un chemin n’est jamais chemin pour toujours…

“‘Our work is not over yet’, said [Myron] Avery. ‘Even the Trail route is temporary, and will undoubtely have to be changed from time to time. Trail maintenance is a perpetual problem. It’s unbelievable how fast the weeds, the brush and the blowdowns take over.’ ” (R. Mac Mullin en 1937 avec M.Avery, Appalachian Trailway News, 1980)

Mauvais timing, nous sommes arrivés à un moment où il partait toute la journée pour maintenir ledit sentier en bon état. Son aide, qui d’habitude tenait les lieux en son absence, était brusquement tombé malade le jour-même (rupture d’anévrisme et/ou crise cardiaques, pas un petit rhume). Bref, pas de pot! La rencontre avec l’homme fut ainsi brève et éclair, le long de la route en lacets descendant à Hampton.

 

 Arrivés à Hampton, désastre: le très attendu Dollar General n’ouvre qu’à 8h. On passe devant les plus belles devantures du village: une baraque énorme faite de rondins, annonçant son nom “Barnetts guns” d’un joli fusil clignotant en enseigne lumineuse, et le Mc Do du coin. Pourtant la ville a plus l’air d’un petit village de montagne (les tuyaux y gèlent en hiver. La route pour y descendre a été goudronnée il y a 40 ans seulement). Bref, Bob nous conduit au second supermarché, une épicerie indépendante qui vient d’ouvrir. On sent l’homme en tension entre nous aider et partir à sa réunion de trail maintenance qui commence à 8h. Finalement, le gérant de l’épicerie nous ramène; de toutes façons on lui a fait son chiffre d’affaires de la journée je crois… (Journal, 15/11, 10.7 miles)

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“Gresay Creek Friendly!more than a hostel!” Arrivée HS hier à la “first house on the right” au bout de cette interminable route de forêt abandonnée aux rochers et aux feuilles mortes (where is Bob’s people???). 0,6 miles en vérité mais ça rallonge toujours quand on veut arriver. La proprio nous a accueilli dans une tornade décoiffante d’énergie. On a appris en 30 secondes top chrono les 15 règles de la maison (pas de porc dans la cuisine, et pas de ptit dèj le jour de shabbat) + bonus en chanson pour présenter ses choix de boissons (alcoolisés). Dans l’assemblée: deux chiens dont un chiot, un chat, un vieil homme en work for stay prolongé, un autre hiker au look années 1990, et son boyfriend dont le sang cubain s’échauffe à chaque mention du voisin, un “vieux chieur de 83 ans” que la police n’ose pas déloger (rapport à la propriété privée..). Une vraie comédie musicale chauffée au wonder-poêle à bois. Qu’on apprécie, vu les seaux d’eau tombant du ciel et fouettés par le vent au-dehors!  (Journal, 18/11, 0 miles)

 

Après ces deux pittoresques stops, l’un très frais, l’autre plutôt en mode sauna; ce fut le calme après la tempête jusqu’à Hot Springs, une section où on a eu notre premier jour “below zero” (degrés Celsius).

 

Première neige, premier jour sous 0°C: les montagnes se sont réveillées poudrées de blanc ce matin, la moindre branche couverte d’épines blanches – cactus de froid. Les rhodos ont tiré la gueule toute la journée, même en vallée où l’air était significativement plus chaud; “partly sunny” qu’ils disaient. Fait plutôt “partly cloudy” d’après moi! Après Big Butt Mt (véridique nom), on a pris le bypass “Bad weather trail”: trop froid pour s’amuser à crapahuter à la nuit tombée. Mes doigts commencent d’ailleurs à geler, il est temps de les ranger dans l’duvet. (Journal, 22/11, 19.9 miles)

 

Aaaaaaaaaaaaah la tente était gelée au matin! Gagné un nouveau nom: 7 Layer Burrito! Le burrito végétarien de Taco Bell et les 7 couches de vêtements qui m’ont à peine tenu à une température dormable…Il a fait froid toute la journée, heureusement on a eu plein de montées bien raides pour se réchauffer (malheureusement on était pas sur la crête et on a alterné entre ombre glaciale et faible soleil tout du long). Demain, Hot Springs!   (Journal, 23/11, 17.1 miles)

 

 

 

Action de Grâce, comme disent les canadiens, sur le Sentier! On a finalement échappé au Thanksgiving event de Miss Janet, Baltimore Jack et autres organisateurs de Hot Springs histoire de pas être “stuck here” pour 3 jours. Après un début entre trop chaud et trop froid perdus dans le nuage enveloppant Bluff Mt, poussé par un vent désagréable, il a fait à peu près 15°C pour le reste de la journée. Même pris un coup de soleil sur Max Patch, une de ces montagnes rasée de ses arbres au sommet. Sommet soudainement plein de gens prenant le soleil d’ailleurs. “So you are doing the whole trail?, nous demande une marcheuse au passage, You’ve done the sanity check before?”  (Journal, 26/11, 22.1 miles)

Posted! -Tennessee (TN)

Après Damascus et la retrouvée d’un petit groupe de Southbounders, retour à la “solitude à deux” du trail.

 

Journée interminable sur les crêtes du Tennessee, état du whisky et du no-privy : le froid et le vent ont usé nos réserves de motivation. Changer sans cesse de veste, l’eau des sources plus chaude que celle de nos bouteilles refroidies par des bourrasques à 25 mph…On pouvait voir nos souffles se matérialiser encore à 10h du matin, sous un soleil pourtant bien présent. Du coup, ouai, j’prendrais bien une petite gorgée de whisky là. A la place: boire les lumières du lac Watauga en contrebas de notre campement. (Journal, 13/11, 22.2 miles)

Dans cette section, les ours étaient, d’après les posters placardés aux arbres, en grande activité et il n’était donc point conseillé de s’y arrêter. Le seul ours en activité que j’ai finalement aperçu fut celui de mon “ours de miel” (du miel dans un contenant à forme d’ours – vagues réminiscences  pour le consommateur, de Winnie l’Ourson et confrères). Par contre, l’activité d’affichage y était en effet prospère.

 

 

Moi à qui le manque de lecture commençait à peser, voilà que mon désir se trouvait satisfait en l’espace de 2 mètres verticaux. Nous avons traversé ces 100 m de l’allée d’accès à la propriété du vétéran héros avec tout le respect qu’il se doit. Cela dit, à ce stade, on commence à être familier avec ce genre de posters, très souvent bordant le Sentier des Appalaches.

Car une des particularités du territoire américain est qu’il contient très peu de terres publiques, surtout à l’Est. Les arbres, de temps à autre, se retrouvent ainsi épinglés d’un petit poster « POSTED ! » « NO TRESPASSING » « DON’T PUT ANY OF YOUR FEET IN MY PROPERTY VIL RANDONNEUR ! ». Je vous raconte pas la galère pour faire toute la forêt.

Et aux États-Unis, mieux vaut éviter de trespasser à moins que ayez envie vous-même de trépasser : le cinquième amendement de la Constitution du pays associé au Second vous donne des résultats généralement explosifs. « Rednecks like their guns », comme dirait J. Le port d’une arme est ceci dit interdit sur le chemin, chose qui n’est pas vraiment respectée (on sait jamais, un vilain ours pourrait vous sauter dessus et arracher votre pop-tart des mains). Dès fois, au détour d’un arbre, des marcheurs vous causent de leur “6 pounds“. Il ne s’agit pas de leur modèle de tente un peu old school mais bien de leur flingue.

Autant, donc, autour du Sentier il sera toujours possible de trouver un coin pour camper, passant la plupart du temps dans des National Forest, National Park ou State Park, autant ne faut-il parfois pas trop déborder du chemin, au risque de froisser l’autochtone. Et vous ne voulez pas froisser l’autochtone (pas celui-ci du moins).

 

Laurel et Rhodo dans les brumes de novembre (VA)

 

Malgré une année « sèche », on a tout de même commencé à avoir du vrai temps d’automne de temps à autre, en ce dernier tiers de la Virginie. L’automne, lorsque la saison s’enfonce dans un brouillard de novembre enveloppant les arbres nus, la pluie amollissant le son assourdissant des feuilles mortes sous le pied. L’automne, saison de la chasse entre régions rurales aux vestiges coloniaux. Excepté le « blaze orange » du chasseur, des couleurs éclatantes (rouge, jaune, bleu), le chemin est à présent plongé entre blanc, gris, bruns et noirs. Et le rhododendron. Exotique, junglesque et toujours vert, formant voûtes et labyrinthes autour du Sentier. Un décor parfait pour les fantômes.

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Décor typique de l’AT-sud

Depuis Pearisburg. Réveil avec vue sur la colline foulée hier soir dans le noir, avant de se retrouver à nouveau dans le blanc, nuage inconsistant qui nous a suivit toute la journée précédente. On en a perdu les « white blazes » et fini cette dernière section sur l’ancien AT « permanently closed » côtoyant des « NO trespassing, hunting, fishing etc ». Une descente à la pennsylvanienne sur rochers humides et 3 m de feuilles mortes ; un sol plus glissant que du guacamole dans mon intestin après 7 jours exempts de fibres végétales autres que celles du beurre de cacahuètes). A part un chasseur perdu dans la brume donc (et une tortue !), peu d’âmes vivantes. Saison de la chasse vintage en ce moment : 1ère « bow and arrow », 2nde, fusil à poudre  et 3ième , easy way (fusil moderne). Arrivée en ville sur une usine de toute beauté fumant dans l’humidité ambiante et la traversée d’une des plus anciennes rivières au monde géologiquement parlant : New River (ils ont le sens de l’humour. Ou de la contradiction!). Ensuite: de vieilles Mustangs livrées aux étoiles et au vent provoqué par les véhicules lancés sur la Highway et un ancien motel dont il ne reste plus que le nom “Rendez-Vous”, brûlé sous le feu de trop nombreuses passions. (Journal, 2/11, 7 miles)

 

Rhododendron ou Laurel Mountain, that is the question! Croyant innocemment marcher sous des tunnels de Laurel Mountain, un arbuste aux feuilles ovales et longues d’un vert profond, nous découvrîmes qu’il s’agissait en fait de rhododendrons. Après descente de la crête, nous voilà en quête d’un peu plus de faune que de flore: direction Trent’s grocery et ses hot-dogs! Entrer dans Trent grocery est un peu comme entrer dans les bois, le chevreuil en moins: dans la boutique de la station essence, que des chasseurs en tenue camouflage, façon arbres mouvants (ah l’osmose parfaite avec la nature!). L’établissement est en tous cas à la hauteur de mes espérances: Little Debbie à n’en plus finir, coincés entre tout un attirail de chasseur-pêcheur. Mention spéciale au silencieux pour nez de chasseur enrhumé. Suite de la journée entre rhodos et some Daft Punk – “stay up to the sun, for good fun, to get some, and get lucky” et surtout pour survivre à l’humidité. (Journal, 4/11, 20.1 miles)

Le Mountain Laurel (et pas l’inverse) et le Rhododendron, deux plantes qui vous suivent jusqu’à la fin. Où l’on apprend que Mountain Laurel Designs ne fait pas seulement référence à la compagnie d’équipement de rando… Les deux se ressemblent à l’automne et l’hiver comme deux gouttes d’eau étant des “plantes à feuilles persistantes”. Le Rhodo a cependant des feuilles plus étroites et longues, d’un vert un peu plus prononcé et on le trouve en masse près de sources et cours d’eau. Les deux arbustes forment souvent des “tunnels” au-dessus du sentier, vous prévenant de fâcheux coups de soleil au cas où le brouillard se lèverait…

 

 

[…] Deuxième tiers toujours assez secs, grimpant entre rochers, sources débordantes et ruisseaux gonflés d’une eau brune se jetant en une mousse blanche et bruyante entre des éternels rhododendrons et Mountain Laurel verdoyants de bonheur sous la pluie. Les couleurs sont plus vives que jamais: verts des mousses et fougères, jaune pâle de l’herbe et vert bleuté du lichen, enfin, les tiges rouges contre la terre noire. On marche sur un sentier de plus en plus rocheux (rochers presque violets) pour atteindre des plaines ou plateaux ou paissent paisiblement les fameux “wild poneys”. Pas de pique-nique bucolique entre crottes de poney: fait froid et mouillé et on continue sur le chemin sableux devenu rivière. (Journal, 9/11, Thomas Knob shelter, 14.5 miles)

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Après les Grayson Highlands, une de mes parties préférées malgré (grâce à?) la pluie qui m’a dissuadée (au bonheur de mon partenaire de marche) de faire 1 mile de plus aller-retour jusqu’au Mt Rogers – plus haut sommet de la Virginie, on arrive aux abords de Damascus. Rien à voir avec la Syrie; la petite ville est plutôt connue pour son festival “Trail Days” et l’héritage laissé à la musique folk (“the hillbilly music” et autres). Le Sentier emprunte pour un temps le “Virginia Creeper Trail“, une ancienne voie de chemin de fer qui transportait des troncs d’arbres dans le passé. La voie a été reconvertie en piste cyclable/chemin de rando – chose courante aux US – que l’on pourrait suivre jusqu’à Damascus. Mais le AT aime ses “ups and downs“, empruntant le chemin des crêtes avant de redescendre vers la ville.

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A Damascus, plus de Laurel ni rhodos mais des vétérans: on est le 11 novembre et on fête ces vieux bougres (anciens héros de guerre encore vivants mais pas trop). Ça signifie surtout jour férié pour le thru-hiker, qui du coup ne fait rien puisqu’il ne peut même pas aller à la poste.

L’esprit du Sud (VA)

Finalement, cette séparation Nord/Sud rappelle un peu les mêmes querelles climatiques dans notre beau pays. Sans être une supportrice acharnée de la théorie des climats de Montesquieu, il y a là matière à penser. Retour pieds sur terre: c’est dans le county de Roanoke, à la sortie de Daleville, qu’on a pu goûter à cet esprit, région où se trouve “the most photographed point along the trail”.

 

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Biscuits and gravy à Bojangles, Daleville

Routine d’une journée en ville : douche, machine, planning du ravitaillement. Ces journées passent plus vite qu’un land-rover dans le Sud (paraît qu’ils ont la conduite agressive). Les 15 miles sous une froide pluie jusqu’à Daleville ne sont ainsi qu’un bref souvenir, souvenir juste assez prégnant pour me rappeler d’acquérir des supergants imperméables afin d’être en mesure de ranger ma tente sous une pluie diluvienne tout en évitant de perdre mes doigts, chose plutôt pratique et agréable en vérité.  (Journal, 26/10, 17 miles)

 

Pluie de jaune au matin, les feuilles coulant depuis le ciel, avant d’atteindre la crête bordée de rochers suspendus dans le vide, crête suivie jusqu’au Mc Afee Knob juste avant une tornade de day-hikers. “We are proud of you”, lance une d’entre-eux, apprenant que nous sommes thru-hikers. Ciel bleu sombre ponctué de nuages en dégradé de blancs et gris, le soleil faisant de brèves apparitions sur la bien verte herbe de la vallée en contrebas.

 

Même accueil à bras ouverts à The Homeplace, un restaurant dont la devise est de servir des plats “comme à la maison” et qui ont du goût (rare aux États-Unis nous indiquait l’article encadré au mur), le tout dans une ambiance Sécession et bois de châtaignier. La cuisine du Sud, nous l’apprîmes en un repas pantagruélique, ne se résume pas aux biscuits and gravy et au fried chicken. Une des spécialités est l’apple butter, une espèce de compotée épicée de cannelle et vinaigre (de pomme), se mangeant avec des biscuits.

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Sur l’un des murs, en face de nous, trônait un des instruments typiques de la musique des Appalaches – un dulcimer, réalisé dans le même bois que la charpente du restaurant – du châtaignier américain. Cet instrument ayant connu un essor important Moyen-Age a été probablement importé par les populations irlandaises et écossaises au XIXème siècle, et fait à présent partie des traditions musicales de la région, notamment après le retour au folklore des années 1970. Le dulcimer des Appalaches serait toutefois différent de l’instrument anglais médiéval (voir Wikipédia pour tout savoir). Malheureusement ma seule rencontre avec ledit instrument fut sur ce mur. En voici tout de même un extrait grâce à notre ami Youtube (le choix du titre est de nature tout à fait accidentel):

 

Nuit dans la grange du Four Pines Hostel hier, laissé les chats aux autres thru-hikers (dont un, Working Class, marchant Nord à cette saison!). Nouvelles chaussures après une semaine de torture en salomons waterproof: le pied (les, même). Surprise du jour entre les day-hikers montant aux Dragon’s tooth: un autre Sobo. Le look de base: mince et barbu. Mais avec l’attitude inimitable d’un rythme tranquille voire même lent (je devais jogguer pour le suivre). Ca avait l’air super facile à le regarder. Ç’la dit, il avait de l’entraînement: il venait de finir le CDT et a enchaîné sur le AT début septembre. Je crois que si on marche en sa compagnie c’est juste parce qu’il se sent malade et a ralenti son rythme depuis quelques jours (qu’une trentaine de miles, zut). “It’s the first time I stop so early” qu’il sort encore quand on arrive au shelter (oui bon la nuit était pas encore tombée). Un mec énervant quoi! (Journal, 30/10, 16 miles or so)

 

 

Bienvenue à Buena Vista – petite éloge du stop (VA)

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Une montagne chauve de plus

Réveil sous Orion et sa ceinture étoilée pour parcourir les 9 miles restants jusqu’à notre prochain point ravitaillement avant midi (Buena Vista). Le soleil se lève enfin, boule rouge au-dessus des montagnes moutonneuses de bruns orangés et rougis, sous nos pieds le tapis odorant « comme la mer » et surtout bruyant des feuilles. Puis l’on débarque, odeur précédant, dans des champs, rosée sur l’herbe et surtout pommiers tous les 10 mètres. La plupart sont à même le sol, trop lourdes pour les branches, éclatant sous le pied en un petit bruit mouillé. Certaines sortes sont plus acides ou ont plus de jus que d’autres, seul moyen de de le savoir : croquer dans chacune d’elles. Plusieurs espaces ouverts, dénués de végétation, se succèdent ainsi, anciens espaces agricoles ou de coupe du bois. (Journal, 23/10, 11 miles)

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Noël avant l’heure

 

 

 

 

Alors que nous venions de nous délecter de chaque yard de ces 2.8 miles de descente presque aussi raides qu’une planche à repasser reposant contre un mur ; nous arrivâmes enfin à ladite route qui nous mènerait au divin et sacré ravitaillement, baigné de soleil, tables de pique-nique en bonus. Tous ragaillardis de cette promesse imminente de manne (et d’eau !), nous sortons notre mignon petit pouce direction l’ouest. Trois voitures, premiers espoirs après deux minutes d’un vide automobile, passent sans ralentir. De nombreux véhicules passent dans l’autre sens. De nombreux véhicules passent dans le bon sens.  Ce n’est qu’une heure après, 3 déjà-vus de camions transportant des troncs, et une persévérance en montagne russe tentant de me convaincre que « oh après tout quelle magnifique jour pour parfaire mon teint » que la décision est prise. Après une heure de bronzage intensif donc, nous voyons débarquer Special Agent, Jolley (fils) et Powerslide (père) qui nous décident finalement à appeler la « navette » offerte par un poster collé à une table de pique-nique. L’homme, un accent incompatible avec le mien (malheureusement je suis à l’avant…ou communiquer sans se comprendre…) et quelques dents en moins arrive avec son pick-up 20 mn plus tard à la rescousse. Il nous dépose au restau mexicain (plutôt que le Burger King) donnant à la ville une atmosphère encore plus étrangère qu’elle ne pourrait l’être au départ.  (Journal, 23/10, 11 miles)

Quelque peu pressés de nous retrouver dans la splendide nature virginienne, on repart pour tenter un auto-stop qui s’avère tout à fait réussi…jusqu’au premier virage que notre charmante conductrice, une jeune mère au look gothique, clope au bec masquant l’odeur de désodorisant (ou l’inverse) prend sans ralentir d’un poil. Les vieilles frites coincées sous mes fesses commencent à se balader aux balancements de l’habitacle. 15 minutes de pur bonheur les yeux fermés où je me suis demandé si ce thru-hike n’allait pas se terminer un peu plus tôt que prévu. » (23/10, 11 miles)