Le bear bag, nécessaire ou superflu?

 On a bien dit bear bag, et non beer bag…!

Vous n’êtes pas sans savoir que les États-Unis possèdent l’immense honneur d’avoir une population d’ours assez bien établie. Au début, les gens les trouvaient mignons, ils les prenaient en photo, leur donnaient à manger de très près, d’un peu trop près…Malheureusement les ours ont eu tendance à associer humain à nourriture ou danger pour leurs progéniture, chassant ou se défendant donc en toute bonne cause. L’être humain qui considérait plutôt ledit mammifère comme une peluche vivante (la faute aux livres d’enfants) s’est soudain ravisé pour le qualifier de danger public. Ainsi, lorsqu’on part en vadrouille dans les sauvages bois et montagnes du territoire Nord-Américain, il y a sinon risques de rencontrer ledit animal, beaucoup de régulations quant à la pratique de la randonnée en milieu nounoursial. Mais qu’en est-il en pratique sur le Sentier des Appalaches?

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Il a l’air pourtant sympathique lui…

Dans le bouquin de Bill Bryson contant une partie de la marche du Sentier, l’auteur insiste lourdement et pas qu’un peu sur le danger que représente l’ours. Petit extrait :

My particular dread–the vivid possibility that left me staring at tree shadows on the bedroom ceiling night after night–was having to lie in a small tent, alone in an inky wilderness, listening to a foraging bear outside and wondering what its intentions were. I was especially riveted by an amateur photograph in Herrero’s book, taken late at night by a camper with a flash at a campground out West. The photograph caught four black bears as they puzzled over a suspended food bag. The bears were clearly startled but not remotely alarmed by the flash. It was not the size or demeanor of the bears that troubled me–they looked almost comically nonaggressive, like four guys who had gotten a Frisbee caught up a tree–but their numbers. Up to that moment it had not occurred to me that bears might prowl in parties. What on earth would I do if four bears came into my camp? Why, I would die, of course. Literally shit myself lifeless. I would blow my sphincter out my backside like one of those unrolling paper streamers you get at children’s parties–I daresay it would even give a merry toot–and bleed to a messy death in my sleeping bag.”  Bill Bryson

En pratique, rien de très billbrysonnien et pas de récit d’aventure à raconter au coin du feu. J’en ai vu quatre en tout (+ un dans un zoo!), localisés en Virginia, notamment dans le parc des Shenandoah. Ils sont également réputés pour se balader au New Jersey, au Tennessee et dans les Smokies, mais aucun ne s’est manifesté à ces endroits (probablement trop avancé dans la saison pour les deux derniers: les ours, ça hiberne!).

On distingue  en fait trois catégories d’ours en Amérique du Nord, ceux-ci étant plus ou moins dangereux:

  • ours noirs (black bear)
  • ours bruns ou grizzlis (brown bear/grizzli bear)
  • ours polaires (polar bear)

Evidemment, les ours polaires n’étaient pas de la partie sur ce Sentier! Seul l’ours noir possède son habitat sur la côte Est. C’est d’ailleurs le moins dangereux des trois cités. Ce qui ne signifie pas non plus qu’on peut aller lui serrer la patte gentiment.Mais au moins, sur le Sentier des Appalaches, vous n’aurez pas besoin de vous promener avec clochettes à ours (bear bells), spray anti-nounours (bear spray), boîte à nourriture hermétique (bear canister) et autres divers accessoires plus ou moins lourds.

Néanmoins, il sera parfois obligatoire dans certains endroits de suspendre votre nourriture et tout objet odorant dans les airs…C’est le cas du parc national des Smokies dont la régulation interdit de bivouaquer à d’autres lieux que les abris prévus à cet effet et de laisser votre sac de victuailles pendant la nuit dans ledit abri.

C’est là que le bear bag entre en scène! Certaines personnes suspendent leur sac de rando. Je n’ai jamais trop compris si elles avaient un sac totalement étanche ou une confiance aveugle en la météo. D’autres ont des sacs spéciaux. Personnellement, je préfère suspendre la chose dans un sac prévu à cet effet (sac plastique résistant, dry-bag, tout contenant susceptible de tenir en l’air pour 10h), le tout dans un sac poubelle si humidité s’annonce.

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Ah non? pas çuilà?

Autre petit détail: la suspension. En théorie, il faut: de la corde, un arbre avec branche perpendiculaire pas trop basse mais pas trop haute non plus, des mousquetons, un bout de branche. En pratique: là où il était obligatoire d’accrocher ses vivres, étaient installés des “bear cables“, c’est-à-dire un système de cordes métalliques et poulies tout fait; plus qu’à clipper son sac dessus et à tirer un peu sur la corde. Ce qui facilite grandement l’entreprise (et allège le sac)…

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Le véritable “bear-bag”

 

Sur d’autres Sentiers tels que le PCT et CDT et bien d’autres au Canada, il est aussi recommandé de suspendre vos vivres si vous souhaitez survivre à la nuit, et là par contre pas de bear cables! Une des méthodes de suspension est d’ailleurs nommée PCT-method puisqu’inventée sur ledit chemin. Si vous tenez absolument à parfaire votre technique du bear bagging, il existe de multiples sites sur le net expliquant cette dernière ou d’autres méthodes; en voici un d’entre eux.

Cela dit, la meilleure protection avec les ours, croco et autres sauvages bêtes, c’est tout de même la connaissance et le respect de ces animaux. Mon partenaire de marche qui connaît plutôt très bien le territoire nord-américain que traversent ces sentiers suspend en effet très rarement son sac – quelques endroits seulement sur le CDT et selon les régulations (parfois, un bear canister est demandé); la plupart du temps c’était: dans la tente! Et jusqu’ici, il n’a jamais dormi avec un ours…

 

 

 

 

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De la nutrition en sol inconnu

La même chose, mais en différent!

On le savait déjà; arriver dans un autre pays signifie d’abord s’adapter à ses pratiques gastronomiques, culinaires et alimentaires. Faisant en France partie du même heureux groupe de pays occidentaux et nous-mêmes envahi par la bouffe américaine, on aurait pu croire que le dépaysement aurait été moindre…Idée reçue en plein dans l’bide, comme on a pu déjà l’apercevoir dans le chapitre principal “nutrition et santé”.

Outre, donc, plats typiques des USA de l’Est (burger, burrito, biscuits and gravy, BBQ pork, sweet tea et j’en passe) et produits purement américains (beurre de cacahouète, pop-tart, mac and cheese, coca,etc.), trois éléments qui ont l’air anodins et plutôt universels se sont révélés traîtrement différents de nos habitudes européennes.

J’ai cité: l’eau, le café et l’oeuf.

 

Le café

« More coffee ?  – Noooo no no no no no. Thanks. »

Autre liquide à l’aspect pour le moins déroutant : on le méprendrait presque avec du thé!  Oubliez votre ristrette et sa tasse miniature ; ici c’est du 250ml minimum. Mais pas de soucis : la caféine y est rare et sporadique. Il vous faudra bien un ou deux « free refill » de votre « cup » pour atteindre le quota de l’espresso italien. Selon les endroits, il peut toutefois passer du célèbre « jus de chaussette » au breuvage que l’on ose qualifier effectivement de café. C’est selon votre chance… Le meilleur jus de chaussette est à trouver dans les stations-essences, où vous pourrez l’emporter partout avec vous. Starbucks, à côté, ça fait pas le poids. En fait, ce que l’on aime avec le café américain, c’est qu’il se pare souvent de calories supplémentaires. On peut en effet y verser une variété de crèmes à cafés impressionnante, garanties artificielles : goût noisette, goût chocolat, goût French vanilla… et de sucres et ersatz de sucres, lui rendant une consistance à l’œil beaucoup plus agréable (moins au palais…). Attention, le dosage de ces substances est une affaire d’experts nécessitant sinon de longues années d’expérience, de multiples expérimentations gustatives…

 

L’oeuf

« How do you want your eggs ? -Euh, just eggs no? “Sunny side-up, scrambled, over-easy… ?*cirsconspect silence* »

Les œufs – ou plutôt la cuisson des œufs- est aux États-Unis un art autant culinaire que linguistique, si bien qu’il en va presque à perdre le pauvre européen ou autre touriste hors-Amérique du Nord déjà égaré par le menu du petit-déjeuner lui proposant « bacon », « hashbrowns » et « pancakes ». Bêtement nous mangeons nos œufs – tout du moins en France – en omelette, durs ou sur le plat. Aux USA, l’œuf à la poêle est affaire technique. Sunny side-up, comme l’indique son nom signifie le jaune dessus, le blanc en-dessous. Et over-easy, tel que son nom également le suggère, désigne l’œuf au plat retourné d’un geste simple et magistral, le jaune à l’envers. Chacune de ses techniques requiert une maîtrise des plus affinées : si vous avez eu le malheur de choisir au pif une de ces cuissons, on vous demandera encore à quel degré de mollesse vous souhaiteriez ledit œuf. Pour vous dire, on en fait même des wiki.

L’eau

« And for you Miss ? – A glass of water please….Oh yeah and without ice ! ».

Coutume étrange et qui finit par vous irriter surtout par des températures négatives : les USiens aiment leur eau « ice cold », c’est-à-dire qu’il l’agrémente d’une montagne de glaçons aux formes plus ou moins originales. Est-ce pour se donner bonne conscience face au réchauffement climatique ? Donner l’impression de manger une glace sans les calories ? Une technique de refroidissement de l’œsophage pour absorber plus de nourriture ? (Que de clichés…parfois inévitables car tellement flagrants). Ceci demeure mystère à ce jour. Votre verre – en plastique transparent – arrivera donc toujours empli d’une eau surmontée d’un iceberg de glaçons, une paille à planter dedans pour atteindre le précieux liquide. Glacieux !

Nutrition spirituelle et santé mentale…

…ou pourquoi se munir de nouvelles technologies en pleine Wilderness

J’avais commencé le Sentier des Appalaches débarrassée de tout i-pod, mp3 et autre objet électronique musical susceptible de me divertir des sons bucoliques de la nature et des paroles des autres marcheurs, un seul bouquin et carnet avec mes propres pensées pour nourriture de l’esprit. Mal m’en a pris!

Au début, vous écoutez les arbres, la respiration du vent, celle vaguement haletante d’un possible compagnon de marche de passage, et autres frichetis de la végétation encore bourdonnante d’insectes volatiles. Vous herborisez lalilalou. Vos pensées vagabondent et vos pieds dansent la gigue sur le chemin, tout excités de l’aventure qui commence.

Puis, vous êtes seul sur le sentier. Les racines et rochers de ce cher Maine vous font tordre la cheville et crapahuter de-ci de-là, vous laissant vidé à 5h du soir gisant sous votre toile de tente, incapable de lire une ligne du super bouquin de théorie française que vous pensiez pourtant dévorer après quelques heures de dépense physique. Là, vous constatez qu’épuisement physique et mental sont liés, et vous regarderiez bien “Dallas ton univers impitoyable” ou “La petite maison dans la prairie” pour vous détendre l’esprit. Mais malheur! Votre conscience vous a empêché d’emmener toute technologie en milieu naturel…

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hallucination post-hike, un problème récurrent chez le thru-hiker

Après 1 ou 2 jours de 20 miles sur un terrain presque sans dénivelé mais bourré d’obstacles (vous ne comptez plus le nombre de fois où vous avez glissé sur ces “boardwalks“, rondins de bois humides permettant de passer étangs à castors et autres zones plutôt mouillées), vous décidez que puisque la musique ne viendra point à vous (pas d’américain à banjo folkisant soudainement entre 2 arbres, zut!), vous allez la faire venir en chantant. Chanter, ça donne du courage y paraît.

Ben sauf quand la seule chanson dont vous vous souvenez sur l’instant est “Yellow Submarine” et s’accroche à votre esprit pour le reste de la journée. Assez adapté à la situation aquatique que vos pieds vivent sur le chemin, la chose se fait pourtant très vite (très vite) répétitive.

NB: l’épreuve mentale m’a tout de même permise de réussir à apprendre l’entièreté d’un tube de l’été français: “Chaise de jardin” par Jules&Jo. Chanson au ton tragi-comique, adaptable à toute situation spatio-temporelle, son allégorie vous transporte au-delà du simple plastique de l’objet en question.

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Le pouvoir intellectualo-musical de la chaise de jardin, un remède au vide spirituel

Je me suis donc retrouvée à quémander des chansons à n’importe quel être vivant sur le chemin (susceptible de chanter, entendons-nous bien).  On en était descendu bien bas… A ma liste longue d’au moins deux titres sont donc venus s’ajouter: Beautiful de Trampled for Turtles, I shot the sheriff de Bob Marley, The Grateful Dead, Jay-Z et Kanye West, Kurt Vile et de multiples autres, ma mémoire musicale se ravivant subitement au fil des arbres (et des fameux instables rondins – Alice ça glisse de Franky Vincent).

Tout cela pour dire qu’il peut être salvateur, sur le long terme, de posséder un lecteur de musique, livres-audio et autres podcasts qui vous permettront de nourrir vos neurones sans pour autant plonger dans la tant redoutée “civilisation” – internet et tout l’toutim.

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Regarder un film, luxe des bois

Certains me diront qu’il s’agit de sustenter son esprit des nouveaux paysages et surtout des rencontres qui sont en effet très nombreuses sur ce Sentier…Certes, cela est vrai: on peut se retrouver à avoir des discussions passionnantes avec des personnes que nous n’aurions jamais croisées ailleurs, qui possèdent plus ou moins les mêmes valeurs que nous, voire au contraire des expériences tout à fait opposées approvisionnant le débat. Toutefois, l’inverse est aussi vrai: on peut avoir des discussions très chiantes avec un autre marcheur. Parce qu’il n’y a pas de “terrain d’entente”, parce que vous êtes trop fatigués pour argumenter, parce que la culture auquel il fait référence vous est totalement étrangère (pour ne pas mentionner le football américain!), parce que tout simplement la conversation tourne en rond, et autres diverses et avariées raisons.

Morale de l’histoire: la technologie a parfois ses avantages, même et surtout au fin fond des bois.

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Les miracles de la nature

Ca sent la faim! Mt Springer (GA)

Le soleil est à présent haut dans le ciel totalement bleu. Le sentier monte direct bien raide et il commence déjà à faire trop chaud. Un peu plus loin dans la forêt toujours aussi dénudée de ses feuilles, un bruit soudain comme des coups de fusils: la chute d’un arbre. Autour, rien ne bouge, le soleil brille imperturbable dans son cocon de ciel bleu. Seul, un arbre tombe. Heureux d’être encore en vie, nous continuons, victimes de l’effet post-caféine du matin+ du poids mortel de nos sacs. On passe pourtant des crêtes de toute beauté, et le trail est pour une fois superbement maintenu avec des nouveaux drainages creusés tout du long (“ce qui n’arrive pas constamment”, mentionnait Sir-Packs-a-lot, inquiet pour l’avenir du trail et sa fréquentation). (Journal, 8/12, 10 miles)

 

Vers la fin, on voit généralement deux types d’attitudes: ceux qui en ont marre ou qui veulent à tout prix se débarrasser des derniers miles en les courant presque; et ceux qui voient la fin de plus en plus proche et aimeraient bien “avancer à reculons”. L’aventure devient presque déjà un souvenir dans l’esprit du marcheur, partagé entre l’idée réconfortante d’un vrai repas quotidien et l’idée angoissante de rester assis plus de 2h sur une chaise…

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mur du Top of Georgia Hostel

A 30 miles de Mt Springer, on passe par le seul bout de chemin “sous un toit et entre deux bâtiments”: retour au béton! C’est en fait ici que se trouve le magasin d’équipement de rando qui parfois rééquipe entièrement certains Northbounders partant avec un matériel pas vraiment adapté…

 

Ciel couvert, humidité à son maximum: AT bonjour! Petit rappel à l’ordre en cette fin de Sentier. La sensation constante d’humidité froide et collante est une des choses que je ne regretterai pas! Dès le réveil – lumières de la ville éteintes à la lumière du jour en contrebas -, ça vous colle à la peau. 1 mile après cet humide départ, nous débarquons à Neels Gap assoiffés, pensant qu’on y trouverait de l’eau. Pas d’bol, l’électricité venait juste de sauter…Heureusement, il restait quelques litres en réserve. Dehors, un trail runner attendait aussi l’ouverture du magasin. Et à côté: un chat énorme nous matant de ses yeux sexy, l’air de dire “ici est mon royaume pauvres hères”. Enfin, l’électricité est revenue et le café avec. Session essai d’équipement: ils avaient les ULA et le dernier modèle de Six Moon Design, mais rien de bien convaincant. Soudain est apparu la tête fatiguée de Special Agent, il n’avait pas l’air d’avoir apprécié ses 11 “twenties” à la suite et semblait prêt à finir! On et reparti avant que la grand-mère ne disserte trop sur les réfugiés (j’ai eu le malheur de dévoiler ma nationalité engageant la conversation sur des sujets dangereusement politiques). (Journal, 10/12, 15.9 miles)

 

 

Les derniers 30 miles se font entre des noms délicieux (pas étonnant que les randonneurs  fasse tout un mythe du Sentier) du type “Blood Mountain” et “Slaughter Creek” renvoyant en réalité (selon interprétations) à une bataille plutôt sanglante entre deux tribus amérindiennes, et toujours entre rhododendrons et agréable humidité. Bref, rien à signaler.

 

SPRINGER!!! Comme si le Sentier souhaitait nous rappeler à sa réalité, le jour fut chargé en chaleur humide (en décembre…). Essuyage de tente au matin, la toile garde un peu trop l’eau à mon goût, puis passages de Justus Mt et Sassafras Mt (le nom de cette dernière vient de la plante du même nom. Ses feuilles ressemblent à une patte de dinosaure, elles sont partout sur le AT) dans les nuages entre brume et arbres lourds de l’air empli d’eau. Un autre arbre en est tombé. Certains day-hikers nous ont félicités avant même l’arrivée (on sait jamais…!). Reste de l’aprem assez banale, passée sous une perf de musique de 1 ou 2h histoire de supporter l’atroce temps, près du Benton Mc Kaye Trail qui doit bien croiser 4 ou 5 fois le AT. Et enfin le sommet! Comme raconté, la chose n’est pas du tout spectaculaire et toujours très typique du chemin: pas de vue à cause des arbres! Il paraît que beaucoup de filles pleurent à l’arrivée de leur premier thru-hike, comme l’impossible soudainement possible; je ne sais pas si c’est l’absence de vue vertigineuse ou le degré hygrométrique extérieur mais l’arrivée ne m’a pas vraiment humidifié la rétine. (Journal, 11/12, 17.2 miles+1.5)

 

“Quand il reviendra, il fera grand jour” (GA)

Ah ce cher Jésus. Il a beau être mort, il revient tout le temps! Eh oui, quand même, sujet obligé pour les États-Unis dont on connaît les tendances religieuses très diverses et parfois un peu fantaisistes.  D’ailleurs, je n’en sais pas bien plus maintenant que avant, tellement il existe de “variantes” autour d’un même bouquin- quelle inventivité, vous me direz. Une présence occultée jusqu’à présent donc, mais se manifestant en fait tout au long du chemin; et auquel ce post est consacré, non dans un esprit spirituel de fin de chemin, mais plutôt s’accordant à la “couleur” du Sud, beaucoup plus religieuse qu’au Nord. Hiawassee, ville dans laquelle nous sommes allés nous ravitailler depuis le Top of Georgia Hostel, en était un joyeux florilège.

Hiawassee est une petite ville entre collines peuplées d’habitations et un lac d’un bleu intense lorsque le soleil est présent. Plutôt agréable, surtout que pour une fois tout se trouve à distance marchable, rarement le cas ici vu que les gens sont motorisés en toutes circonstances. Et d’autant plus que “Jesus” semble habiter la région: au moins 4 bâtiments, et non des plus religieux  (concessionnaire, resto…) célèbrent l’homme. Qui, soit dit en passant, colle bien peu à la tradition conservatrice du Sud, comme le fait remarquer J., ayant plus les attraits d’un hippie révolutionnaire (contradictoire?!). Une ambiance  au top donc que nous avons nous-mêmes célébré d’un buffet entre pères noëls et photos gominées de Gone with the wind, surplombant poulet frit, corn bread, épinard et purée de patate à la sauce gravy. Merci Jésus! (Journal, 7/12, 4.5 miles)

 

 

Georgia oh Georgia (GA)

A cet instant, tout le monde a à l’esprit Georgia in my mind, qui est d’ailleurs l’hymne de l’État, d’autant plus de circonstance si vous partez de Katahdin pour aller au Sud. Petit rappel pour ceux qui l’auraient pas en tête.

Tout à fait l’esprit (et la voix) du thru-hiker lorsqu’il gravit les derniers miles jusqu’au tant attendu Mt Springer.

Ou un peu comme le “wheeee” ci-dessous à 45 sec (en moins désespéré).

Deliverance, film qui a probablement contribué au stéréotype façon film d’horreur dans l’outback australien, du “crétin-assassin des Appalaches”.  A Neels Gap, on  trouve des autocollants adaptés de la  réplique devenue célèbre “paddle faster, I hear banjo music)” [Merci à J. pour la référence!]

Comme dans ledit film, les rhodos et Laurel Mountain sont toujours à nos côtés, ce qui, en plus de cette petite mise en musique permet d’éviter toute confusion avec la Géorgie européenne : celle-ci (la nôtre!) tient son nom du roi Georges II, un Grand-Britton, au temps des 13 colonies. Entre temps, il y a eu un peu d’exploitations de mines d’or et un petit déportement de Cherokee (c’est aussi en Géorgie que débute le Trail of Tears).

Mais avant de débuter un autre trail, revenons au chemin – qui n’a pas vraiment changé avec la frontière. Point d’affreux locaux nous sautant dessus au détour du chemin ni de jazzman entonnant une langoureuse mélodie, plutôt une faune locale dissimulée entre végétation et obscurité.

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cachée, une “barred owl”

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la terreur du shelter: un écureuil volant

 

Ayant survécu le lendemain à ce début de nuit si sauvage, nous avalons les 4.5 miles qui nous séparent de l’hostel à la vitesse d’un écureuil volant prenant soin de vos barres de céréales laissées sans défense. C’est toujours aussi raide dans les montées, mais l’air est frais, le soleil brille et 4 miles, c’est du gâteau, penses mon esprit. 9h40 tapantes, nous voilà devant le “OPEN” de leds rouges dans son petit cercle bleu clignotant du Top of Georgia Mountain hostel (rien que ça). “No shoes”, entends-je, alors que nous nous apprêtons à passer le seuil. On s’exécute et pénètre la pièce au plafond aussi haut presque qu’une église, une pièce qui sent le neuf. A la première impression, ça a l’air d’être l’un des hostels les plus propres et mieux “managés” du sentier. (bon, facile à dire, on est tous seuls). Buttercup, notre hôte, nous offre directement du café et un “hug” de bienvenue. Elle est volontaire ici, une soixantaine d’année, et n’attend que le mois de mars pour remettre les pieds sur le sentier après une tentative écourtée (de 5 côtes cassées). Le propriétaire, Sir-Packs-a-lot un “triple crowner”, est absent pour l’instant, “busy” pour la journée. (Journal, 7/12, 4.5 miles)

 

 

Odorantes Smokies (TN/NC)

 

 

Deuxième (et dernier) parc national: The Great Smokies National Park! Dès Kathadin, on en entend parler, souvenirs inoubliables d’après les dires… “une semaine de pluie”, ” fini la journée en hypothermie”, “du brouillard continu”: un Parc qui porte bien son nom apparemment. On regardait ainsi la météo tous les jours essayant de caler notre entrée dans la chaîne de montagne sous des auspices un peu plus chaleureux; un défi presque réussi.

“Les ours tapaient sur les grilles de l’abri”, “un ours a réussi à décrocher le sac de nourriture du système de câbles”… On entend aussi tout un tas d’histoires de nounours, qui auraient repéré l’endroit comme bonne source de provisions. Les Smokies sont en effet le seul endroit où le randonneur est contraint de dormir dans les abris mis à disposition, ainsi que d’accrocher toute chose odorante aux câbles pour ours (“bear cables“) pour éviter les accidents.

Les Smokies sont également le seul parc national sur le trajet où il est obligatoire de s’enregistrer à l’avance et payer des frais d’entrée (20 USD pour le thru-hiker, 4USD/nuit pour le section-hiker), ce qui est d’ordinaire le cas dans les divers parcs nationaux du pays (au nombre de 58).

Enfin, il faut environ 7 jours entre Hot Springs – dernière ville, et la suivante, demandant un peu de réflexion au niveau ravitaillement. Il est cependant possible de descendre dans la vallée à la moitié du Parc, à Gatlinburg – temple du tourisme smokien.

On a dû donc organiser un tantinet  la section suivante: météo, boule quiès,  sacs poubelles pour “bear bag” et envoi de paquets de victuailles.

Oublié que j’avais 500g de chocolat dans ce colis (en plus du nutella)…Ravitaillement pour grand froid, c’est-à-dire pour la dernière section et non pour la présente: la température frôlait les 20°C aujourd’hui. On a fait un tour au Mont Cammerer en bonus (pour mieux sentir toute cette extra food à la fin de la journée), c’était beau: la végétation gris–vert-bleu foncée, les montagnes dans la vallée comme une couverture mal rangée, une rivière, une aire de coupe de bois…Quelques randonneurs y admiraient déjà la vue tandis que d’autres attendaient probablement le coucher du soleil pour se fumer un p’tit joint.  (Journal, 27/11, 13.7 miles)

 

Longue journée à la conquête des crêtes des Smokies entre pins, mousses, ardoise et lichens, ainsi qu’une drôle de petite plante répandant une constante odeur de weed. Cette section me rappelle un peu les Whites (excepté l’odeur de weed)avec son lot de randonneurs aux multiples questions tel l’asiatique de ce matin, faisant son thé avec une vraie théière: “How do you do that? It’s a big comitment! What do you do when you go back?” (Journal, 28/11, 20.3 miles)

 

Après avoir échangé histoires plus ou moins salaces autour du feu, ce fut au tour des ronflements de nous bercer. Puis des reniflements et crachats d’un des convives à la réserve de glaires inépuisable.Puis au tour de quelques-uns de sonner la trompe à 5h du mat pensant qu’ils étaient tous seuls…Bref, une vraie nuit de repos. On aurait presque préféré qu’il pleuve comme prévu histoire de couvrir les bruits parasites. Il pleut à présent comme vache qui pisse après une tea-party avec ses copines à mamelles (il paraît que ce n’est pas si pire quand on est au-dehors). Heureusement, le gros de la pluie a commencé après notre arrivée à l’abri, vide pour une fois (fin de week-end, trop loin des look out, temps pourri): juste quelques gouttes s’intensifiant à mesure de notre approche du plus haut point sur le AT – Clingman’s Dome. Bien que vu en photo et décrit par J., l’édifice reste surprenant: un colimaçon de béton parmi des sapins ensevelis sous le lichen menant à un point de vue circulaire surplombant le tout, peuplé de panneaux indicateurs nous informant de la vue à deviner derrière l’énorme masse blanche de nuage. 2025 m d’altitude et 12 visiteurs en ce dernier jour d’ouverture de la route. (Journal, 29/11, 15.5 miles)

 

Par où commencer? La pluie? Le choc du sapin de Noël+tapis assortis après 5 jours dans les Smokies entre boue et pelle à crotte? A vrai dire, 52h de pluie non stop et surtout l’arrivée au Fontana Hilton, abri pas plus lumineux que les autres malgré son nom et situé à 6.6 miles du suivant ont eu raison de notre motivation.  Fontana Village Resort a été “construit” pour les familles des ouvriers du barrage, lit-on sur les journaux encadrés à la”Lodge”. Une village artificiel entièrement (ou presque) maintenant consacré au tourisme se résumant à un hôtel, un restaurant et quelques boutiques pour la plupart fermées en cette saison. Heureusement, le laundromat, pièce sacrée du thru-hiker, était encore ouvert. Nous voilà donc le cul posé sur les deux uniques chaises d’une pièce minuscule emplie d’une rangée de 5 machines à laver et sèche-linge empilés les uns sur les autres. L’air est un peu étouffant avec le radiateur mis à fond pour sécher mes semelles (oups!). Et la machine à laver produit un étrange bruit d’estomac satisfait comparable à celui de mon propre estomac après un dîner à 60 dollars (à deux) au restau de l’hôtel. Entre le “dehors” et le “dedans”, il y a toujours partage entre satisfaction du confort et malaise et culpabilité de l’endroit pas très en phase avec l’esprit de l’entreprise. Mais bon, est-ce vraiment ce que je veux, nager dans l’humidité ambiante 48h de plus sans vraiment voir le paysage (et regretter l’odeur de lessive qui nous ferait frémir les narines de bonheur à chaque coup de vent)… (Journal, 1/12, 15.2 miles)

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 De belles vues sur Fontana Lake et les Smokies ainsi que d’autres collines alentours. Finalement, la suite est tout aussi belle que ledit parc national, la foule et les obligations en moins (et la pluie en moins!). Seul regret, n’avoir connu la spécialité de la région, d’après Corn from the jar, bouquin feuilleté à la boutique du Fontana Lodge: le fameux et mystérieux Moonshine! D’après le livre, l’eau non calcaire et en abondance de la région en hiver et printemps a fait de cette dernière un haut-lieu de production de cet alcool, tout d’abord considéré comme un whisky (vu que les premiers colons avaient du sang irlandais) – ou “eau de vie” en gaélique (bon, de la gnôle de montagne quoi). La divine boisson reste plus un mythe (les images de Lawless aidant) que chose réelle et concrète à ce jour, vu que je n’en ai toujours pas goûté. (Journal, 2/11, 15.1 miles)