Ca sent la faim! Mt Springer (GA)

Le soleil est à présent haut dans le ciel totalement bleu. Le sentier monte direct bien raide et il commence déjà à faire trop chaud. Un peu plus loin dans la forêt toujours aussi dénudée de ses feuilles, un bruit soudain comme des coups de fusils: la chute d’un arbre. Autour, rien ne bouge, le soleil brille imperturbable dans son cocon de ciel bleu. Seul, un arbre tombe. Heureux d’être encore en vie, nous continuons, victimes de l’effet post-caféine du matin+ du poids mortel de nos sacs. On passe pourtant des crêtes de toute beauté, et le trail est pour une fois superbement maintenu avec des nouveaux drainages creusés tout du long (“ce qui n’arrive pas constamment”, mentionnait Sir-Packs-a-lot, inquiet pour l’avenir du trail et sa fréquentation). (Journal, 8/12, 10 miles)

 

Vers la fin, on voit généralement deux types d’attitudes: ceux qui en ont marre ou qui veulent à tout prix se débarrasser des derniers miles en les courant presque; et ceux qui voient la fin de plus en plus proche et aimeraient bien “avancer à reculons”. L’aventure devient presque déjà un souvenir dans l’esprit du marcheur, partagé entre l’idée réconfortante d’un vrai repas quotidien et l’idée angoissante de rester assis plus de 2h sur une chaise…

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mur du Top of Georgia Hostel

A 30 miles de Mt Springer, on passe par le seul bout de chemin “sous un toit et entre deux bâtiments”: retour au béton! C’est en fait ici que se trouve le magasin d’équipement de rando qui parfois rééquipe entièrement certains Northbounders partant avec un matériel pas vraiment adapté…

 

Ciel couvert, humidité à son maximum: AT bonjour! Petit rappel à l’ordre en cette fin de Sentier. La sensation constante d’humidité froide et collante est une des choses que je ne regretterai pas! Dès le réveil – lumières de la ville éteintes à la lumière du jour en contrebas -, ça vous colle à la peau. 1 mile après cet humide départ, nous débarquons à Neels Gap assoiffés, pensant qu’on y trouverait de l’eau. Pas d’bol, l’électricité venait juste de sauter…Heureusement, il restait quelques litres en réserve. Dehors, un trail runner attendait aussi l’ouverture du magasin. Et à côté: un chat énorme nous matant de ses yeux sexy, l’air de dire “ici est mon royaume pauvres hères”. Enfin, l’électricité est revenue et le café avec. Session essai d’équipement: ils avaient les ULA et le dernier modèle de Six Moon Design, mais rien de bien convaincant. Soudain est apparu la tête fatiguée de Special Agent, il n’avait pas l’air d’avoir apprécié ses 11 “twenties” à la suite et semblait prêt à finir! On et reparti avant que la grand-mère ne disserte trop sur les réfugiés (j’ai eu le malheur de dévoiler ma nationalité engageant la conversation sur des sujets dangereusement politiques). (Journal, 10/12, 15.9 miles)

 

 

Les derniers 30 miles se font entre des noms délicieux (pas étonnant que les randonneurs  fasse tout un mythe du Sentier) du type “Blood Mountain” et “Slaughter Creek” renvoyant en réalité (selon interprétations) à une bataille plutôt sanglante entre deux tribus amérindiennes, et toujours entre rhododendrons et agréable humidité. Bref, rien à signaler.

 

SPRINGER!!! Comme si le Sentier souhaitait nous rappeler à sa réalité, le jour fut chargé en chaleur humide (en décembre…). Essuyage de tente au matin, la toile garde un peu trop l’eau à mon goût, puis passages de Justus Mt et Sassafras Mt (le nom de cette dernière vient de la plante du même nom. Ses feuilles ressemblent à une patte de dinosaure, elles sont partout sur le AT) dans les nuages entre brume et arbres lourds de l’air empli d’eau. Un autre arbre en est tombé. Certains day-hikers nous ont félicités avant même l’arrivée (on sait jamais…!). Reste de l’aprem assez banale, passée sous une perf de musique de 1 ou 2h histoire de supporter l’atroce temps, près du Benton Mc Kaye Trail qui doit bien croiser 4 ou 5 fois le AT. Et enfin le sommet! Comme raconté, la chose n’est pas du tout spectaculaire et toujours très typique du chemin: pas de vue à cause des arbres! Il paraît que beaucoup de filles pleurent à l’arrivée de leur premier thru-hike, comme l’impossible soudainement possible; je ne sais pas si c’est l’absence de vue vertigineuse ou le degré hygrométrique extérieur mais l’arrivée ne m’a pas vraiment humidifié la rétine. (Journal, 11/12, 17.2 miles+1.5)

 

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