Laurel et Rhodo dans les brumes de novembre (VA)

 

Malgré une année « sèche », on a tout de même commencé à avoir du vrai temps d’automne de temps à autre, en ce dernier tiers de la Virginie. L’automne, lorsque la saison s’enfonce dans un brouillard de novembre enveloppant les arbres nus, la pluie amollissant le son assourdissant des feuilles mortes sous le pied. L’automne, saison de la chasse entre régions rurales aux vestiges coloniaux. Excepté le « blaze orange » du chasseur, des couleurs éclatantes (rouge, jaune, bleu), le chemin est à présent plongé entre blanc, gris, bruns et noirs. Et le rhododendron. Exotique, junglesque et toujours vert, formant voûtes et labyrinthes autour du Sentier. Un décor parfait pour les fantômes.

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Décor typique de l’AT-sud

Depuis Pearisburg. Réveil avec vue sur la colline foulée hier soir dans le noir, avant de se retrouver à nouveau dans le blanc, nuage inconsistant qui nous a suivit toute la journée précédente. On en a perdu les « white blazes » et fini cette dernière section sur l’ancien AT « permanently closed » côtoyant des « NO trespassing, hunting, fishing etc ». Une descente à la pennsylvanienne sur rochers humides et 3 m de feuilles mortes ; un sol plus glissant que du guacamole dans mon intestin après 7 jours exempts de fibres végétales autres que celles du beurre de cacahuètes). A part un chasseur perdu dans la brume donc (et une tortue !), peu d’âmes vivantes. Saison de la chasse vintage en ce moment : 1ère « bow and arrow », 2nde, fusil à poudre  et 3ième , easy way (fusil moderne). Arrivée en ville sur une usine de toute beauté fumant dans l’humidité ambiante et la traversée d’une des plus anciennes rivières au monde géologiquement parlant : New River (ils ont le sens de l’humour. Ou de la contradiction!). Ensuite: de vieilles Mustangs livrées aux étoiles et au vent provoqué par les véhicules lancés sur la Highway et un ancien motel dont il ne reste plus que le nom “Rendez-Vous”, brûlé sous le feu de trop nombreuses passions. (Journal, 2/11, 7 miles)

 

Rhododendron ou Laurel Mountain, that is the question! Croyant innocemment marcher sous des tunnels de Laurel Mountain, un arbuste aux feuilles ovales et longues d’un vert profond, nous découvrîmes qu’il s’agissait en fait de rhododendrons. Après descente de la crête, nous voilà en quête d’un peu plus de faune que de flore: direction Trent’s grocery et ses hot-dogs! Entrer dans Trent grocery est un peu comme entrer dans les bois, le chevreuil en moins: dans la boutique de la station essence, que des chasseurs en tenue camouflage, façon arbres mouvants (ah l’osmose parfaite avec la nature!). L’établissement est en tous cas à la hauteur de mes espérances: Little Debbie à n’en plus finir, coincés entre tout un attirail de chasseur-pêcheur. Mention spéciale au silencieux pour nez de chasseur enrhumé. Suite de la journée entre rhodos et some Daft Punk – “stay up to the sun, for good fun, to get some, and get lucky” et surtout pour survivre à l’humidité. (Journal, 4/11, 20.1 miles)

Le Mountain Laurel (et pas l’inverse) et le Rhododendron, deux plantes qui vous suivent jusqu’à la fin. Où l’on apprend que Mountain Laurel Designs ne fait pas seulement référence à la compagnie d’équipement de rando… Les deux se ressemblent à l’automne et l’hiver comme deux gouttes d’eau étant des “plantes à feuilles persistantes”. Le Rhodo a cependant des feuilles plus étroites et longues, d’un vert un peu plus prononcé et on le trouve en masse près de sources et cours d’eau. Les deux arbustes forment souvent des “tunnels” au-dessus du sentier, vous prévenant de fâcheux coups de soleil au cas où le brouillard se lèverait…

 

 

[…] Deuxième tiers toujours assez secs, grimpant entre rochers, sources débordantes et ruisseaux gonflés d’une eau brune se jetant en une mousse blanche et bruyante entre des éternels rhododendrons et Mountain Laurel verdoyants de bonheur sous la pluie. Les couleurs sont plus vives que jamais: verts des mousses et fougères, jaune pâle de l’herbe et vert bleuté du lichen, enfin, les tiges rouges contre la terre noire. On marche sur un sentier de plus en plus rocheux (rochers presque violets) pour atteindre des plaines ou plateaux ou paissent paisiblement les fameux “wild poneys”. Pas de pique-nique bucolique entre crottes de poney: fait froid et mouillé et on continue sur le chemin sableux devenu rivière. (Journal, 9/11, Thomas Knob shelter, 14.5 miles)

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Après les Grayson Highlands, une de mes parties préférées malgré (grâce à?) la pluie qui m’a dissuadée (au bonheur de mon partenaire de marche) de faire 1 mile de plus aller-retour jusqu’au Mt Rogers – plus haut sommet de la Virginie, on arrive aux abords de Damascus. Rien à voir avec la Syrie; la petite ville est plutôt connue pour son festival “Trail Days” et l’héritage laissé à la musique folk (“the hillbilly music” et autres). Le Sentier emprunte pour un temps le “Virginia Creeper Trail“, une ancienne voie de chemin de fer qui transportait des troncs d’arbres dans le passé. La voie a été reconvertie en piste cyclable/chemin de rando – chose courante aux US – que l’on pourrait suivre jusqu’à Damascus. Mais le AT aime ses “ups and downs“, empruntant le chemin des crêtes avant de redescendre vers la ville.

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A Damascus, plus de Laurel ni rhodos mais des vétérans: on est le 11 novembre et on fête ces vieux bougres (anciens héros de guerre encore vivants mais pas trop). Ça signifie surtout jour férié pour le thru-hiker, qui du coup ne fait rien puisqu’il ne peut même pas aller à la poste.

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