Oh Shenandoah palapalapa (VA)

Non, ce ne sont point les Champs-Élysées de la East Coast en un peu plus rugueux sous la voix de Bruce Springsteen. Oh Shenandoah, chanson entonnée sur les remous aqueux par navigateurs et autres voyageurs (traders de fourrure sur canoë. Rien à voir avec un voyageur SNCF comme me le suggère aimablement Gougueule) au début du XIXème siècle, celle-ci parle plutôt de la rivière que du parc national, dont le nom, évidemment, dérive de la fameuse rivière. Une des versions de cette chanson serait une chanson d’amour – of course – par un voyageur pour la fille du chef Shenandoah. En voici une version plus harmonique que celle de Bruce.

Dommage, ce ne fut pas accompagné d’un chœur que nous pénétrâmes dans le Shenandoah National Park; la rivière en était bien loin, restée dans les méandres d’Harpers Ferry. A nous, allait s’offrir d’autres types de méandres…

Rencontres du jour : Kermit, thru-hiker ; quelques sections-hikers et des vieux venus avec leurs jumelles pour trouver leur chalet depuis le Skyline Drive. « Thank you for the Statue of Liberty », qu’ils me disent, apprenant ma nationalité.  « Thank you for Mc Donalds and Starbucks », aurais-je dû leur répondre (suggestion de J.), mais sur le coup je n’ai été que courtoisement circonspecte. Et oui, vous pouvez traverser le parc entier en voiture (sauf lorsqu’il est fermé pour cause de différend fédéral entre partis politiques. Apparemment tout le gouvernement « shut down », et là il n’est plus question d’herboriser dans les lieux décrétés nationaux, allez donc savoir pourquoi). (Journal, 14/10, 17.7 miles)

 

Le système des parcs nationaux aux États-Unis est très différent du système français dans le sens où celui-ci a été pris d’assaut par “l’industrie du tourisme” [E.Abbey]. Ce système a été créé dans les années 1920s à la suite de l’établissement du tout premier parc en 1872- Yellowstone, en réaction protectrice à l’industrie grandissante de l’exploitation forestière (logging) et agricole (farming). L’unique petit souci est que l’Acte rédigé – comme bien souvent – peut s’interpréter un peu à n’importe quelle sauce, tel que le montre l’argumentation infaillible d’Edward Abbey dans Desert Solitaire; un écrit laissant libre cours au développement touristique au détriment parfois des zones à préserver.

“The Park Service […] was directed not only to administer the parks but also to ‘provide for the enjoyment of same in such manner and by such means as will leave them unimpaired for the enjoyment of future generations’. This appropriately ambiguous language, employed long before the onslaught of the automobile, has been understood in various and often opposing ways ever since. The Park Service, like any other big organization, includes factions and factions. The Developers, the dominant faction, place their emphasis on the words ‘provide for the enjoyment’. The Preservers, a minority but also strong, emphasize the words ‘leave them unimpaired’. It is apparent, then, that we cannot decide the question of development versus preservation by a simple referral to holy writ or an attempt to guess the intention of founding fathers; we must make up our own minds and decide for ourselves what the national parks should be and what purpose they would serve.” (E.Abbey, “Polemic: Industrial Tourism and the National Parks”, Desert Solitaire)

Une question toujours d’actualité en ce 100ème anniversaire du système qui a fait la couverture du premier National Geographic de 2016 , d’un autre avis que le précédent auteur, sous le titre “The Power of Parks”.

L’avantage est que les sentiers de randonnée sont plutôt bien entretenus, ce qui est loin d’être le cas sur la totalité de l’AT. Il faut voir le chemin sur la fin du Parc, là où plus aucun touriste ne vient: c’est un retour à l’habituelle esthétique du trail, c’est-à-dire “up and downs” bien raides et “rocks and roots” qu’on retrouve presque avec plaisir.

 Beauté d’un frais matin d’automne me donnant une énergie que je ne pensais plus trouver. Comme d’habitude, équilibre des énergies : J. fait la gueule à cause du froid. Petit à petit, le soleil nous réchauffe et on ne sent même plus les miles jusqu’au “Big meadows wayside », un « wayside » étant un point vital pour touriste (et thru-hiker) contenant toutes sortes de cochonneries plus ou moins mangeables. « You will never get authenticity in a national park, if that’s what u’re looking for » J. (Journal, 16/10, 18.2 miles)

 

Ce soir, à l’heure où j’écris cette prose de sentier à l’aide de mon magnifique stylo PNC (une banque à Duncannon), le vent s’est à nouveau levé et agite les feuilles en ombres chinoises sur le dégradé en feu du soleil couchant, un mince croissant de lune pour nouvelle lumière. Repos pour les oreilles devenues habituées au crushing des feuilles mortes, feuilles de châtaignier notamment. Vu un deuxième méga big nounours ce soir avant d’installer le camp…et d’observer un troupeau de touristes rentrant à leur voiture. Feeling like wildlife in a zoo suddenly. (Journal, 18/10, 18 miles)

 

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