Vieilles pierres mais Halfway there, Pennsylvania (PA)

Pierres pierres pierres. Rien que ces rochers précambriens à l’horizon du pied. Et la parole qui se fige; une de plus, lourde et aiguisée sur le sentier. (Journal, 25/09, ? miles)

“I don’t know where you are going, but we just ended up on a field of rocks, just rocks, so if you wanna be back before dark…” (Journal, 26/09, 20.6 miles)

Le sentier ressemble maintenant à ce muret à Delaware Water Gap où le maçon y plantait des pierres pointues sur son arête en guise de décoration. C’est joli mais ça fait mal aux pieds et ça prend la tête. On ne va pas se mentir: la réputation de Rocksylvania ne fait pas que précéder le nom, elle la confirme. Mais ne nous arrêtons pas à de simples rochers: la Pennsylvanie est un long État plein de surprises et bourré d’histoire riche en minéraux.

Sylvaines forêts…Mmm pas très pierru tout ça, allez on réessaye

 

La région est en effet marquée par l’exploitation de mines de charbons et autres gisements comme le Superfund site de Palmerton fermé en 1980. Contrairement à ce que son nom pourrait suggérer à l’innocent natif de langue française, il est loin d’être super fun; d’où la fermeture. Grâce à l’ancienne exploitation de ce minerai, la vue sur la vallée depuis la crête de Blue Mountain est plutôt pas mal, sa végétation ayant été détruite par les émanations (après tout, c’est moins fatiguant que la tronçonneuse). Pour ceux qui auraient peur d’une carence en minéraux à force de ne se nourrir que de beurre de cacahuètes, il y a également possibilité de se ressourcer à la « high metallic content source » marquée comme source d’eau d’urgence sur le guide. (Ben, le zinc c’est bon pour la peau non ?)

 

Dans les forêts, subsistent ainsi d’autres types de pierres – tombales, vestiges de villages désertés à l’abandon des industries mais aussi remémorant certains détails d’une histoire lointaine telles que guerres contre l’Empire britannique (« guerre de sept ans »), rappelant que derrière le terme lisseur “Américain” se cachent diverses cultures, dont celles des habitants originels (oui, là, les Amérindiens). Et là on aborde un autre sujet du chapitre colonial.

IMG_1295

Mémoire de la guerre franco-indienne contre les Britons

“Indian words and phrases are one of the most dominant characteristics of place names in the Appalachians and along the eastern seaboard. Many names were adopted and handed down by European settlers, while others were bestowed much later to evoke a nostalgia for the original Americans.”  (D.E.L., Appalachian Trail Names, Origins of Place Names Along the AT)

Ce qui d’ailleurs énerve certains aujourd’hui:

« America has a gauzy, romanticized version of its history that is largely fiction. According to that mythology, America rose to greatness by sheer ruggedness, ingenuity and hard work. It ignores or sidelines the tremendous human suffering of African slaves that fueled that financial growth, and the blood spilled and dubious treaties signed with Native Americans that fueled its geographic growth. It ignores that the prosperity of some Americans always hinged on the oppression of other Americans.” (C.M.Blow, The N-Y times, 4/02/2016)

Leur présence se fait plutôt discrète physiquement mais c’est une présence constante dans le paysage au travers de toponymes dont vous aurez peut-être déjà remarqué les consonances peu habituelles à l’oreille et à l’œil occidental. Contrairement à l’image fixée par Tintin en Amérique et autres media type western, les Indiens d’Amérique ne consistent pas une seule et même culture et société mais des centaines regroupées en tribus, confédérations et « famille de langage ». Celles qui ont été les plus influentes dans les régions des Appalaches sont la famille Iroquoise (Mohawk, Oneida, Onondaga, Cayuga et Senaca), la famille Algonquine (Mahican et Mohegan, Pennacook, Abenaki, Delaware, Penachook, Shawnee) et les tribus Cherokee et Creeks. En Pennsylvanie, ce sont les Delaware ou Lenapi – signifiant « peuple originel » (« genuine people ») qui habitait le lieu. L’homme qui a donné son nom à l’État – William de son prénom, un mec qui aimait la forêt- est en effet connu pour ses collaborations avec la tribu. Il en a même été félicité par Voltaire. Oui, oui, on parle bien du philosophe des Lumières qui écrivait des trucs cool sur la tolérance, la liberté, la censure; la politique de son temps quoi.

 A l’abri de Mister Penn, fondateur du second État de ce pays qui se réfugia en 1600 et des poussières en terre américaine afin de pratiquer tranquillement sa religion –Quaker (non, pas l’avoine)- loin des hordes d’Européens barbares. L’État est une véritable colonie germaine, que tout le monde prend pour une colonie de Dutch, ayant mésinterprété le germain terme Deutsch. Heureusement, lesdits habitants se rattrapent par une importante production de bière, dont la célèbre Yuengling qui, je vous l’accorde, sonne tout à fait allemande. Poursuivant sur la même logique, la boisson officielle de l’État se trouve être le lait. (Journal, 29/09 , William Penn Shelter, 19.1 miles)

 

Port Clinton

 

 

 

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