Jeunesse (du trail) -Massachussets (MA)

« L’odeur des bois du Massachusetts a légèrement changé, difficile à décrire, il semble qu’une plante de plus fasse la différence. Ou peut-être simplement l’avancée dans la saison. La chaleur en tous cas est belle et bien persistante. Après 1 mile entre propriétés de riches Massachusettiens – « the Spirit of America » gravé sur les plaques de leurs belles bagnoles au repos sur des pelouses ultra-tondues, on arrive dans Dalton. « You guys stink ! » nous lancent quatre jeunes depuis leur décapotable, juste avant la route principale. « Vous ne croyez pas si bien dire », ais-je envie de leur rétorquer ». (Journal, 7/09, 14.1 miles)

Après la Mass providentielle, le Massachussetts (ce vilain jeu de mots provient d’une méprise audio-stéréotypée: croyant que mes interlocuteurs causaient religion alors qu’ils parlaient simplement de l’État à traverser…).

Le décor est à peu près le même qu’en Vermont, toujours aussi sec – ce qui est atypique, ce dernier étant traditionnellement appelé “Vermud” entre les thru-hikers. Certaines sources d’eau, marqués comme sûres sur le guide, en sont parfois réduites à des flaques à l’apparence peu attirante et il faut se montrer inventif pour en sortir quelques litres buvables. Les bois sont encore peuplés de vieilles bêtes étranges: des restes de ferraille dont la forme laisse deviner un passé agricole sur un terrain plus vallonné où l’on  découvre les premiers champs de maïs. Quelques sommets toutefois – Mt Greylock et Mt Everett – qui, même s’ils ne dépassent pas bien les 1000m d’altitude, n’oublient pas de faire grimper le randonneur: les lacets sont très souvent optionnels sur le AT…

This slideshow requires JavaScript.

Entre les deux, à Dalton, se trouve le jardin de Tom Levardi, un autre de ces “trails angels“, apparemment proche de se mettre à la retraite: trop de thru-hikers irrespectueux, tel est son discours, plutôt négatif. Cela fait 40 ans qu’il habite les lieux et 36 qu’il reçoit ces “invités”. Malgré cela, il accueille toujours ces êtres de passage, crème glacée, part de tarte à la citrouille et histoires à n’en plus finir – histoires de la communauté humaine du Sentier surtout. Il fait une lourdeur et chaleur incroyable et en ce jour de Labor Day (fête du Travail), nous prenons notre premier “zero day” (jour sans miles!).

 

Moment donc de revenir un peu sur l’histoire du trail, dont nous venons de croiser les origines dans l’État précédent à Stratton Mt, son point culminant. Outre la tour de garde (pour les feux de forêt), une plaque y indique que l’idée de créer un tel sentier naquit de celle de la construction du “Long Trail“, plus vieux sentier existant aux États-Unis aujourd’hui.  Après l’imagination par James Taylor en 1909 de ce premier chemin reliant Massachusetts au Canada sur 272 miles, Benton Mc Kaye reprit l’idée en 1921 pour l’étendre à toute la côte Est, afin de relier tous les panoramas de la fameuse chaîne des Appalaches et tous les sentiers déjà présents élagués et maintenus par les premiers clubs de montagne. L’élaboration de ce dernier s’est réalisé notamment grâce aux forces des Civilian Conservation Corps, une organisation instaurée de 1933 à 1942 pendant la Dépression aux États-Unis dans le but de créer de l’emploi (politique du “New Deal” de Roosevelt).

Et comme l’ont déjà remarqué nos jambes, le chemin est loin d’être seulement “flat and fun“, même en traversée à basse altitude. Cela est dû au terrain lui-même, assez difficile à apprivoiser, mais surtout à l’esthétique de maintenance des premiers faiseurs de chemin qui manifestement préféraient aller droit au but que tergiverser en multiples courbes, malgré l’influence d’une construction tout à fait différente à l’Ouest.

“[…] few northeastern trail builders could see the practicality, on any but a very limited scale, of the ideas Edmands borrowed from the West. In 1900, the annual Appalachian Mountain Club report by the club’s ‘councilor of improvements’ noted, instead, that ‘in no case has the Club undertaken to make the smooth graded paths or so-called boulevards’.” – “Northeastern – A vertical vision”, The SCA Trail -building and Maintenance Manual

 

Des “up and downs” selon toute apparence ennuyeux pour certains.  Lors de notre dernière nuit – au Mark Noepel shelter en descendant de Mt Greylock- un marcheur nous raconte qu’il s’embêtait tellement sur le AT qu’il s’en était exilé pour quelques mois sur les GR français. “You know, camping is totally different there, it’s more like car-camping, they have a swimming-pool, etc…”. C’est là qu’on s’aperçoit que les mots “randonner” et “camping” ne renvoient pas exactement à la même réalité pour tout le monde.

Mais autour de la table de jardin et d’un album photo, ce sont plutôt discussions à propos de “personnalités” du Sentier, voire véritables légendes, qui animent les convives. Trois Nobos sont arrivés entre temps, et bientôt un couple de Sobo nous rejoint. Des noms ping-pong dans les voix de ceux qui connaissent; et que j’ai déjà entendu auparavant auprès d’autres thru-hikers, notamment mon partenaire de marche: Heather “Anish” Anderson, partie le 1er août 2015, le même jour que ce dernier;  Miss Janet, “trail angel” suivant la “bulle” des thru-hikers avec son van, Navigator qui a arpenté les 48 États du pays, ou encore Baltimore Jack, un des ces “drinkers with a hiking problem“, étrange personnage ayant accompli le Sentier 8 fois en 9 ans et vivant à présent “autour du trail” Nous l’avions entr’aperçu au Hikers Welcome Hostel, faisant ses habituelles blagues sur les Southbounders (on remarque très vite qu’une certaine compétition existe entre les deux catégories, Sobo et Nobo. “I feel that there is lots of competition between people, just a feeling. And some indifference too.” écrivais-je dans mon journal, au 23/07; “feeling” très vite confirmé). Un cycliste soudain débarque, diluant la discussion. Il paraît qu’il arrive chaque année à la même période, sur un “shitty 30 dollars bike” comme le présente notre hôte. Le dialogue s’en tourne vers les voleurs de vélo et autres cyclistiques conversations.

Le lendemain, on s’éclipse après le traditionnel café et donuts avant qu’il ne fasse trop chaud: retour aux bois et à ses hordes de college kids, de sortie en ce début d’année scolaire (c’est une tradition: les Universités envoient leurs jeunes recrues se perdre dans la forêt avant la rentrée).

 

 

 

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s